Concours

Mercredi 1 juillet 2009

« Dans chaque moment de l'histoire, non seulement l'idéal moral, mais le ''type'' de citoyen défini par le droit public est supérieur à la moyenne des hommes vivant dans un Etat donné. Cet écart devient plus prononcé encore dans les moments de crise, comme l'est ce moment d'après guerre, soit parce que le niveau de ''moralité'' s'abaisse, soit parce que le but à atteindre se pose plus en haut et aura donc à s'exprimer dans une nouvelle loi et dans une nouvelle moralité. Dans un cas comme dans l'autre la coercition de l'Etat sur les individus augmente, augmente la pression et le contrôle d'une partie sur le Tout et de celui-ci sur chacune de ses composantes moléculaires. »

« Lettre de prison » tome 2   p. 92  Antonio Gramsci .

 

  

Eloge de l'inégalité ? non ; de la différence

Il s'agit dans cet écrit de traiter de l'élite et de l'élite en Algérie. L'élite que nous entendons ici ne devrait rien à voir avec celle dont parle et se moque Mostefa Lacheraf dans ses « Ruptures » ; à savoir, cette bourgeoisie locale qui s'ouvre uniquement sur d'autres bourgeoisies affairistes, amies ou complices en occident, indifférentes ou hostiles aux intérêts de leurs propres pays.

Cette élite égoïste se révèle fort négative au sens où elle ne crée chez les masses qui l'élisent - pour le dire avec des mots de Paul Nizan - que soumission, stupéfaction et admiration.

En plus elle est basée sur le pouvoir que lui confère l'amassement des fortunes avec le prurit d’exhiber ces fortunes (et de s'exhiber elle-même) en les dilapidant à gauche et à droite dans les stupidités.

Admettons que cette sorte d'élites ait, elle aussi, le droit d'exister et même d'être indispensable ; elle doit cependant avoir à ses côtés d’autres types d’élites concurrentes qui la critiquent, la guident et l’orientent pour le bénéfice de tous les citoyens.

Quant au type d'élites dont il sera question dans cet écrit, il est plus sérieux et plus honnête car il doit travailler pour organiser nos masses toujours informes et carencées, les animer - pour paraphraser encore Lacheraf - mais aussi tenir en échec les manœuvres de retardement, les blocages des nantis et de leurs maîtres étrangers.

Si nous n'avons plus besoin, par les temps qui courent, de prédicateurs, nous aurons toujours besoin d'éducateurs. Mais ceux-ci seront nul avec leurs idées et leurs actions si l'on ne voit pas chez eux des exemples concrets de moralité, de tact, de goût, d'intelligence et de civisme. Seulement alors ils pourront faire d'exemples... justement.

L'élite est ce processus qui a lieu dans une société donnée où se trouve un groupe d'hommes, acteurs historiques, véritable moteur de changement, qui sont touts conscience, engagement, travail et discipline afin de moraliser le reste de la société et la mobiliser autour d'un projet de société pertinent, partagé par tous et participé.

Ecoutons encore Gramsci, ce maître à penser de nos temps modernes, : «  Il faut toujours - dit-il - être supérieur à l'environnement dans lequel on vit, sans toutefois le mépriser ou se considérer supérieur. Comprendre et raisonner, ne pas pleurnicher comme de vieilles femmes » « Lettre de prison » tome 1 p. 104.

Il est clair qu'on ne va pas demander à tout le corps social d'être tout cerveau, toute conscience et tout génie. Ce serait une erreur ou une stupidité sans remède. D'ailleurs c'est cette erreur de perspective qui nous a englués pour des décades dans la situation de la « vue longue et le bras court ».

Il s'agit de savoir précisément de quoi il nous faut rêver et, en même temps, savoir reconnaître les chimères et ce qu'il ne saurait être de notre ressort ni « de notre figure ».

Poser le problème du progrès et de la modernité en ces termes et à partir de ce point de vue c'est ne pas le poser du tout et c'est donc ne rien faire pour attiser le cours de notre destin et lui imprégner l'orientation du but que nous attendons de lui, c'est ne lui préparer ni outils ni méthode ni enfin en avoir une conception lucide, librement choisie et voulue, pour l'atteindre.

Poser de la sorte ce problème, c'est accrocher à nos pieds deux boules atlassiques, qui pèsent autant que les chaînes de l'Atlas, et c'est malheureusement ce que nous continuons à faire, à croire et - comble ! - à rechercher activement.

Persister dans cette entreprise vaine n'aura d'autres significations que celles de chercher à justifier notre paresse et notre impuissance civilisationnelles et nous bien accommoder de notre inertie seconde-naturelle et de notre sensibilité fataliste. Car l'on sait bien qu'on ne peut faire d'un doigt, d'un cheveu ou d'un orifice de notre corps une substance grise.

La société et le cosmos entier ont toujours été perçus et conçus à l'image du corps et des caractéristiques du corps percevant et concevant : un ensemble d'organes indispensables, vitaux, complémentaires mais différents dans leurs constitutions, dans leurs formes et dans les fonctions qui incombent à chacun d'eux. Un poème amusant de La Fontaine, parmi une infinité d'exemples qu'on peut trouver dans la littérature et les discours des hommes, rend pertinemment compte de ce genre de cruelle harmonie : les bras ou les genoux qui en veulent à l'estomac !

Donc poser comme condition sine qua non, pour accéder au progrès et à la modernité, le fait de faire de tous les membres de la société des génies et des bien-élevés (des gens qui aient une conscience et une responsabilité historiques, des gens qui aient une capacité de volonté et de puissance pour réaliser le projet social et l'épanouissement individuel) c'est signe de n'y rien comprendre ou de ne rien vouloir entreprendre, c'est l'intention de ne pas changer.

Et puis si tous les citoyens sont déjà à un tel niveau de conscience historique, de volonté, de moralité et de liberté… ils n'auront plus besoin d'aucun prêche et d'aucune éducation ; ni donc de ceux qui les devraient éveiller ou les aider à se lever ou à se relever.

 

L'origine de l'élite est biologique

L'esprit d'élite procède de celui de conquête qui, lui-même, procède directement de la vie en toute sa crudité, s'il n'est la vie elle-même. C'est un comportement adaptatif que le processus d'hominisation a traduit en termes culturels lui confiant la tâche de porter de l'avant la part de l'évolution que mère nature a délégué (par alternance?) à la culture.

De ce fait l'esprit d'élite s'est présenté à notre conscience historique avec l'appellatif de l'esprit des pionniers et des téméraires qui poussent et repoussent toujours plus loin la membrane qui nous protège et nous aliène et qui fait notre misère quand nous nous contentons d'une bêtise existentielle et civilisationnelle appelée gloire, quiétude ou bonheur. Cette membrane nous tient au chaud de l'irresponsable médiocrité et nous suffoque à la fois.

L'esprit de pionnier, quant à lui, nous incite et nous porte à chercher et inventer de nouveaux horizons et de nouveaux espaces et à explorer les possibles réalisations des inquiétants rêves de bonheur, de prospérité, de plaisir de découvrir, de se dépasser, d'être à la hauteur de l'image de dieu.

Il n'y a pas une société qui en ait été dépourvue dans toute l'histoire des vraies nations et peuples vifs qui ont été historiquement utiles à la race humaine :

« Avise Ayad et insiste parmi leur élite ! » - disait Louqait ben Ya'mor, un poète arabe, qui savait déjà ce que le mot élite voulait dire et quelle importance avait-elle dans la protection de la cité, pour son bien et son salut, dans un temps où les Arabes sont considérés comme de simples et vulgaires brigands sans foi ni loi ; Figurez-vous s'ils devaient saisir le sens et l'utilité politique de l'élite !! et pourtant...

Dans l'allégorie de l'arche et de son perceur, attribuée au prophète de l'Islam, c'est peut-être de ça qu'il s'agissait ; de l'immanquable division de la cité en deux parties : l'une forte et n'a pas de ce fait besoin d'être nombreuse. L'autre grouillante justement car mal organisée et précaire et proie aux forces qui animent les moeurs de la jungle.

En d'autres termes : nous vivons sur une arche en plein dans des flots hostiles et ténébreux et il y aura toujours quelqu'un qui, pour une stupidité ou une autre, se trouve tenté de percer cette arche protectrice avec la pioche de l'ignorance et de l'irresponsabilité. Et il y aura toujours quelqu'un qui essayera de l'empêcher de le faire, avec la force de la raison et le bon motif de l'intérêt commun.
S'il était resté dans les mains de la nature, à dépendre de ses seuls soins, l'homme aurait également survécu et continué à végéter, mais seulement, à la même enseigne de ses frères ou cousins les singes et les porcs. Mais il avait quelque chose de plus ou, mieux, de différent par rapport à ces proches parents : il avait cette capacité de se projeter dans les profondeurs de l'espace-temps et ce grâce à sa redoutable mémoire, à sa capacité d'extrapolation, de synthèse, de conceptualisation, de communication et last but not least la capacité d'organiser sa vie et d'éprouver surtout le besoin de l'améliorer et de considérer vital ce besoin même.

 

L'Algérie a-t-elle une élite ?

L'Algérie a-t-elle une élite ? Bien sûr que non, mais elle tend à l'avoir. Il semble, hélas, que l'entreprise lui résulte ardue et peu concluante. Pour le moment notre élite est dominée par ces couleurs tertres : la stupide tchi-tchi, les grosses 4X4, les grands ventres pour les grandes occasions des zerdas et autres sagras où le bouillon coule à flots sur les montagnes de la chakhchoukha, les Nike, les portables, les télévisions numériques et les gros moutons pour l'Aid et tant d'autres tristes tentatives de s'élitiser.

Ce n'est donc pas proprement une élite, puisqu'il suffit de lui ôter ces signes extérieurs de ce faste grossier et sauvage - d'ailleurs usurpés et fixés superficiellement avec du chewing-gum ou une colle de mauvaise qualité - pour constater une mer de gens nivelés, au sol, plats et monochromes.

Non, la nôtre n'est pas une élite à proprement parler ; puisqu'il lui manque une identité sui generis, une langue, un style, un pouvoir, des institutions (cercles, festival, publications, exploit, salons et même, parfois, quelques scandales...), une sensibilité et des couleurs politiques cohérentes, une conception originale de la vie, un intérêt moral et économique pour la vie dans et de la cité.

Toutefois nous devons, par honnêteté intellectuelle et pour l'histoire, reconnaître à cette pseudo élite un grain de générosité ; puisque tout ce qu'elle a (si l'on exclut les 4x4), elle le partage avec le bas peuple, la non-élite : de la Omra jusqu'aux gandouras et changlas.

Lors des pénuries, ses membres sont prêts à toutes formes de bassesses et de coups lâches pour avoir un morceau de beurre, un électroménager ou autres gadgets rares et précieux. Pour un service - leur droit pourtant - au niveau de la mairie, de la douane ou de quelque ambassade prestigieuse représentant l'élite universelle, ils bousculent comme les autres, ils usent les mêmes injures qu'eux.

Tout comme les membres de la classe écrasée, ils avancent sous forme de bakchich une rachoua plus copieuse, espérant avoir gain de cause dans quelques affaires juteuses. Ils ne font jamais de sacrifices pareils pour promouvoir le théâtre, le cinéma, les idées, les arts ou le livre...

Dans l'intimité de leurs psychismes, ils souffrent des mêmes complexes dont souffre la non-élite et de la même instabilité de l'humeur due à l'incohérence, à la pratique du culte des traditions et des zerdas, à l'oppression de leurs femmes ou soeurs et aux catégories de misérables mal protégées ou qu'ils croient telles. Quand ils parlent, ils ne discutent pas : ils se disputent et vous agacent les oreilles. Ils ne critiquent jamais, bien qu'ils soient épouvantablement sceptiques, mais ils dénigrent et médisent jusqu'aux plus nobles parmi eux...

Et quand leur âme est sereine, ils font les mêmes beaux rêves et rêvassent peut-être de réaliser les mêmes ambitions et les mêmes désirs que ceux des heureux (imbéciles?) membres de la non-élite. Leur esprit est saisonnier comme celui de la plèbe et occasionnel : le temps menace-t-il de sécheresse ? Les voilà qui courent, sérieux comme des papes, à faire la prière de l'istisqa' ou à en parler (raillant ou admirant les fidèles).

Le Ramadan approche-t-il, le pèlerinage, le sacrifice de l'Aid, les interminables fêtes de mariage et de circoncision ou d'autres futiles occasions du genre (futiles dans le sens qu'elles ne devraient plus susciter à chaque année, à chaque génération les mêmes discours stériles et écoeurants) ? Les voilà à rabâcher des mots morts et des délires, confondant les styles et mélangeant les genres...

A propos du type d'élite que nous avons, nous autres exemplaires de la race bénie de homo berbericus, il y a une revue en Italie qui s'intitule Left. Elle est de gauche, comme l'indique honnêtement le mot, elle a deux couvertures valables où l'on peut lire tranquillement des titres et sous-titres et voir les photos du jour ou les dessins.

Dans un numéro de juin, sur l'une de ces couvertures double-face, l'on peut voir l'image caricaturée d'un "roi des rois" issu, parait-il, de la terre sainte de la Berbérie, avec son trône mobile qui ressemble à la tente d'un bédouin, son kabbous qui attend d'être couronnisé (devenir une vraie couronne)... seulement on l'avait livré, le pauvre, en tenue d'Adam !

En fait la caricature du jour nous donne ce représentant de l'élite berbéro-arabe avec le derrière découvert en fuite devant un minuscule personnage, lui aussi, nu et vu de derrière.

La différence entre le géant berbericus et le nain italicus est que ce nain est bel et bien doté d'une quiquette et deux balles qui se voient malgré la position et la posture qui auraient dû les éclipser. A part le sceptre, le nôtre, il n'avait rien de tout cela ; peut-être que le caricaturiste l'avait confondu avec les amazones qui l'entouraient et le protégeaient.

C'est dire combien sont importantes nos élites d'abord aux yeux de notre plèbe (pensez aux blagues sur nos hommes dits politiques) et ensuite aux yeux de ces peuples dits du premier monde.

Si nous étions vraiment à la hauteur de notre ambition ou prétention, nous aurions eu pu forcer le respect de n'importe quel adversaire ou ennemi, mais puisque nous ne sommes que des clowns de mauvais goût, en faillite et malchanceux, nous n'attirons que rigolades, moqueries et peut-être quelques rares pleurs de pitié.

 

Labora et intelliget ou Arriver tôt pour voir passer les stars

Mais le coeur de l'Algérie bat, on l'entend distinctement, avec cette frénésie incohérente et ce chaos d'envies de faire et de bien faire. Et ce n'est pas seulement ostentation de gens impuissants qui substituent les devoirs d'agir au bête contentement de rêver les choses déjà faites. Seulement, ce coeur n'est pas bien relayé dans sa besogne à un centre nerveux et reste ainsi aveugle... et pour cause : ça lui manque l'intelligence, le cerveau. Ce centre nerveux ne peut être que l'élite.

Concevoir l'existence d'une élite dans une société donnée ce n'est ni de la niaiserie, ni du luxe, ni de la futilité ; bien au contraire, c'est une entreprise stratégique et vitale pour ce corps social. Ça rentre dans la logique très efficace de la division sociale du travail. L'élite explore le monde, le structure, le conceptualise et le donne à la non-élite comme matière à étudier et àmodeler, comme chemin à suivre, comme tâche à compléter et à enrichir, comme un feed-back critique et constructif.

Il faut donc que l'élite enseigne et éclaire la non-élite sur les objectifs à caractères et intérêts communs, sur son rôle, sur ses responsabilités. La non-élite - on le voit dans la vie de tous les jours - s'agrippe à tous ceux qui se proposent comme exemples dignes d'imitation ou, mieux, d'inspiration. Et ça prouve qu'elle est bien disposée à apprendre, pour peu qu'on lui offre de la matière, le travail, la discipline, le savoir, la bonne éducation et le sens de citoyenneté.

Ces concepts, c'est à l'élite de les forger, de les adapter, de les assumer et de les faire agir dans leur vie même, de les incarner par leur culture spécifique, par leurs comportements, par leurs modes de vivre, de les rendre accessibles et pourvus de sens et de valeur et de prestige aussi.

La non-élite alors suivra inéluctablement son élite, comme l'on tend avec essoufflement et malgré les déceptions, les vexations et les résistances (nôtres et autrui) à suivre cette autre élite universelle qu'on appelle communément le monde occidental.

La non- élite a besoin d'une élite qui la soutienne, la rassure, lui fasse de guide et surtout qui l'élève vers les hautes sphères de la simple moralité et du simple civisme, qui la reconnaisse et qu'il lui enseigne enfin le respect de soi-même et celui des autres.

« Dans cette petite sala Pasinetti - écrit Azzedine Mabrouki El Watan 03-09-08 -, on est à la fois au coeur du palais du festival et loin du bruit et de l'agitation fiévreuse du Lido, quand la foule italienne arrive tôt pour voir passer les stars... »

Ce n'est pas que nos concitoyens manquent d'un tel faible pour les stars, non, mais les stars à leur disposition sont de type religieux d'abord, footballistique ensuite, et puis et surtout mercantile et bakhchichiste enfin, nihiliste dans tous les cas, malheureusement.

Nos modèles sont ces Egyptiens dont parle Amina Kheiri (El hayat 12-09-08  ) qui, dès qu'ils peuvent, ils sont capables de laisser mourir de soif toute une métropole en détournant l'eau potable pour remplir des marres et des marécages qu'ils appellent piscines individuelles ou privées! Que peut-ont attendre de ces Kouavas, sinon le ridicule, rien que le ridicule ?

Si j'ai cité cet exemple c'est pour montrer - et les exemples ne manqueront jamais et les personnes qui les suivent aussi - jusqu'où l'on peut arriver à force de devoir imiter ceux que l'on retient plus chanceux et plus futés que soi : plus dans le pire que dans le meilleur, surtout pour ce qui nous regarde, nous autres, misérables du tiers monde.  A suivre

 

Rendez-vous au 6 août. Bonnes vacances à ceux qui sont déjà partis et bonne continuation à ceux qui sont encore au boulot !

 

Smari Abdelmalek

 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Vendredi 29 mai 2009

« Pour éviter que la pensée et le pouvoir

uniques se fassent sans opposition »

Tabbou Karim


Hier

Quand tu étais, Algérie, chérie et vraiment révolutionnaire, tes fils t’aimaient et te respectaient.

Ton fellah effleurait tes entrailles tout simplement mais avec une infinie douceur, une mystique, une sacrée volupté, et il te savait gré du peu de grains que sage et généreuse tu lui concédais et du modeste gourbi.

L’enfant de ton fellah jouait avec tes pierres et ta sainte poussière.

Ton médecin te consolait et te guérissait.

Ton journaliste te tenait éveillée, t’informait et donnait au monde de tes nouvelles, de celles de tes fils chéris, de celles de leurs exploits et de leurs rêves aussi.

Tes fils, même en pleine misère, trouvaient chatouilleuses tes épines, tendres tes tortures, caressants tes sentiers caillouteux et frais tes juillet-août et cléments tes hivers.

Ton taleb de religieux tel un pieux aumônier te confessait avec des psaumes de l’espoir et ne te prévoyait que du salut et de la prospérité.

Tes soldats mouraient au milieu des youyous pour que ton drapeau ne s’arrêtât jamais de flotter fier dans les airs purs de tes vastes terres. Et quand les morses des peines et des jours te serraient le cœur, ils te divertissaient et t’amusaient avec des spectacles de fantasia et de baroud.

Tes politiques prévoyaient pour toi, tendre mère, des moments radieux et des lendemains meilleurs.

 

Aujourd’hui

Maintenant que tu t’es oubliée dans les fiefs de la médiocrité et du vulgaire égoïsme, tes fils se sont lassés – paraît-il – de toi et de tes douceurs.

Ton fellah est mort. Le voici qui gît à l’ombre de l’olivier et des figuiers qui se meurent eux aussi de lassitude dans les champs assoiffés des caresses de jadis désertés à cause de l’hébétude, à cause de la paresse.

L’enfant de ton fellah soutient les semblants de murs avec son cul usé et rêve des nefs de la harga qui l’aideraient à te répudier - déjà ? à son age ? – à te fuir.

Ton médecin s’amuse à faire durer ton agonie.

Ton journaliste te médise et te calomnie.

Tes fils, prospères avec le ventre plein à craquer, rotent et pètent des grossièretés et de l’ingratitude. Ils te répugnent et s’enferment dans les âpretés d’un indigne luxe mesquin… même pas mérité.

Tes Imams zélés dans leur perversité ne savent plus dire que de vilains mots… et encore ! … mais seulement pour ton oraison funèbre.

Tes soldats, devenus entre-temps mercenaires embourgeoisés, te tirent sur les jambes et te tirent au dos et te violent et violent tes lois et s’essuient leurs sales godasses avec la soie verte et blanche et rouge de ta précieuse bannière.

Tes gouvernants ont fait de toi un pays bananier et se sont autoproclamés rois – de qui ? de quoi ? – ils ne pensent qu’à t’éviscérer pour se servir de tes entrailles, pour asservir et avilir tes fils chéris, mal protégés et dont l’âme n’est désormais qu’inconscience et bêtise.

 

pourtant

Pourtant – nous dit-on - nous sommes une nation jeune ! Et alors pourquoi nous nous présentons au monde comme une nation déjà vieille, déjà sénile, déjà morte ?

Espérer et prier pour toi, Algérie, pour tes cortèges de nobles chevaliers morts pour que tu vives, ce n’est pas pathétique. Ils y a ceux qui arrêtent le cours des astres pour que passent quelques morts tombés dit-on au champ d’honneur. Pourtant dans leur vie ils faisaient les mercenaires pillant et semant la mort chez les damnés de la terre !

Smari Abdelmalek

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes
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Vendredi 1 mai 2009

 

قُل دائما ً: لا.
ربما لا تليق كلمة نعم
، إلا بذلك الزائر الأخير:
الموت
.

أدونيس

Dis toujours : Non.

Peut-être que le mot Oui ne sied qu’à ce visiteur ultime :

La mort.

Adonis

 

« Apparemment, il (Bouteflika) n’a pas jugé utile d’entrer dans l’histoire comme un chef d’Etat qui aura ouvert la voie à de nouvelles mœurs politiques en Algérie – cette Algérie qu’il dit vouloir voir ‘forte et sereine’ – mais aussi pour d’autres pays, notamment les pays arabes dont les peuples continuent, malgré tout, d’espérer beaucoup de l’Algérie en matière de changement politique. »

Mohamed Hennad - El Watan 16-4-9 

 

Il faut que l’histoire retienne

Pour ne pas donner raison à Bouteflika, pour ne pas se laisser prendre par ses filets propagandistes, pour ne pas entrer dans - et faire - son jeu... les citoyens authentiquement démocratiques, qui aspirent à la dignité politique, feraient mieux de parler au nom de - et à - tous les Algériens dont les Kabyles et les soi-disant islamistes. Justement tout Algérien (même Bouteflika) ne saurait concevoir un autre pays (fût-il la Kabylie-land) que l’Algérie.

C’est pour ça que nos apprentis démocrates auront toujours tort devant nos apprentis dictateurs. Et c’est paradoxalement pour ça que Bouteflika a des partisans parmi ses plus intraitables adversaires: comme par exemple un Said Saadi, un Karim Tabbou ou un imam ivre de la folie Fisiste ou talibanesque !

C’est là l’une des erreurs mortelles de nos hommes politiques qui veulent faire l’opposition constructive mais ils échouent toujours, les pauvres. Ils pensent qu’en monopolisant une région ou une sensibilité (comme font les islamistes aussi), ils auraient dans la poche le gros du reste des citoyens. Or ils devraient savoir qu’une politique est nationale ou elle ne l’est pas ; à moins qu’il y ait sotto-sotto quelque dessein de sédition, de séparatisme ou de nihilisme (comme l’islamisme destructeur).

Quelqu’un pourra dire: « A quoi ça sert maintenant de nous mettre en garde contre un danger consumé et une mort constatée ?! A quoi bon toute cette littérature inutile?! »

Il faut bien quand même que l’histoire retienne qu’un certain novembre 2008 la loi fondamentale du pays a été bafouée par quelqu’un, et non des moindres : le président de la république en personne, avec la complicité de la majorité de nos dits élus du peuple qui ont trahi ce même peuple.

Il faut que l’histoire retienne aussi que quelques humbles citoyens ont dit « Non ! » à ce flagrant abus de pouvoir et de confiance et ils ont essayé d’en dissuader le président et ses mauvais conseillers-complices.

Et puis pour paraphraser un enfant algérien « Si l’Algérie est libre et que nous ne puissions pas dire ce que nous pensons de nos affaires, ça ne sert à rien. »

C’est notre droit de dénoncer cette régression inutile ; alors que nous devrions marcher et aller de l’avant, que je sache ! « Celui qui recule – disait Sadeq Er-Rafii, il y a un siècle -, ne fera jamais un pas en avant. » Et ça va de soi.


Et maintenant qu’allons-nous faire ?

Ceci étant dit, nous n’allons pas tout de même jusqu’à prêcher, nous aussi, la violence pour répondre à la violence. Nous devons continuer à faire confiance aux personnes qui nous gouvernent sans jamais baisser nos gardes critiques. C’est cette confiance lucide qui aiderait nos gouvernants à comprendre et à être à la hauteur de leur mission de gouverner au XXIe siècle.

En attendant, il ne faut pas se taire non plus : il faut travailler d’arrache-pied pour rétablir l’Art. 74. Notre résistance doit être aussi énergique et doit procéder de la même force offensive de ceux qui nous ont littéralement violés et émasculés. Il va de soi que l’énergie que nous mettons dans cette résistance reste au niveau des idées, des principes et des actions politiques, loin de toute surenchère ou infantilisme suicidaire.

Il faut faire en sorte que les citoyens n’oublient pas l’Art. 74 de la Constitution introduit par Zeroual et violé par son successeur. Il faut faire en sorte que les Algériens sachent et sentent le drame et la tragédie de ce coup d’état constitutionnel. Il faut en informer d’une manière systématique et assidue, claire et convaincante, le reste des citoyens encore obnubilés par les discours mielleux de la mystification dont l’objectif majeur est celui d’asservir les Algériens et de les déposséder de leur dignité politique.

Que tous ceux qui ont dénoncé ce véritable coup d’état envers notre constitution se souviennent qu’en politique, le temps a tout son temps pour réajuster les torts et corriger les erreurs, pourvu que nous n’oubliions pas, pourvu que nous ne mettions pas à somnoler, pourvu que nous continuions à nous informer, à y croire, à rappeler et nous rappeler, à dénoncer, à nous organiser, à travailler la main dans la main pour avoir de nouveau notre Art. 74.

La critique fait mal parce qu’elle est analyse et décomposition. En constatant le morcellement de l’objet soumis à l’analyse, l’on se sent pris par une sorte d’angoisse terrible : celle de la mort. Ainsi avons-nous peur de perdre la rassurante harmonie de la vue d’ensemble. Et alors seul celui qui a de la patience et de la prévoyance s’en réjouit ; car il sait qu’au fond l’analyse critique des mœurs n’entame en rien les personnes et leur dignité, mais seulement leurs habitudes qui ne devraient jamais en avoir assez de changer et d’évoluer. 

«En décidant, en toute liberté, de renoncer définitivement à ma carrière politique, j’ai estimé qu’il était temps que l’alternance se concrétise afin d’assurer un saut qualitatif à nos mœurs politiques et à la pratique de la démocratie, tant était loin de ma conception la notion d’homme providentiel à laquelle je n’ai jamais cru.» »  Le Quotidien d’Oran du 14-01-09

Ces mots de M. Zeroual, notre ex président, nous rappellent que nous avons perdu quelque chose d’aussi précieux que notre liberté et donc de notre dignité.

Ça se voit hélas que la lucidité et l’honnêteté de M. Zeroual n’était qu’une brève accalmie dans la mer des tempêtes où se perd un peuple arriéré comme le nôtre. Le comportement de M. Bouteflika a prouvé par neuf, a juré même, que le gouvernant en Algérie est fait de la même pâte dont est confectionnée la plèbe : il procède de la mentalité mythique (Bourdieu).

Une telle gaffe politique me rappelle l’histoire drôle mais pitoyable de ce groupe d’ouvriers de la Sonatrach à Skikda (dans les années 80, je pense) lors d’une fuite d’un gaz toxique. Les Japonais - qui supervisaient alors, comme un pâtre, le troupeau d’ouvriers algériens - sont restés assez calmes pour pouvoir étudier la direction du vent. Ils se sont réfugiés à une dizaine de mètres du lieu de l’incident ; ce qui leur avait permis aussi d’observer et d’interroger le problème même et d’en étudier la solution éventuelle.

Nos ouvriers (chair de la chair de notre Chaab el ‘adhim) avaient perdu les pédales (les avaient-ils vraiment ?) et s’étaient mis à courir dans le bon sens… du vent ! De temps en temps quelqu’un tombait, presque asphyxié, mais ce vent insolent et complice du noir destin ne cessait d’alimenter nos innocents ouvriers de ce gaz non moins insolent et de ses toxines.

 

L’homme qui fabrique un fanal et devient jaloux de sa lumière

Les noms des Noriega, Saddam et, un peu plus loin mais très proche de nos cœurs, le sinistre Dey Hussein doivent nous rester aggravés dans la mémoire, sur l’étendue même de notre épiderme comme un tatouage de l’infâme précarité qui nous caractérise.

Ce n’est pas être génial que de comprendre que l’alternance politique, en cas de conflit avec l’alliance sacrée des nations-requins,  permet de délimiter les responsabilités des gouvernants dans le meilleur et dans le pire.

Dans le meilleur des cas, elle reconnaît sans ambiguïté les mérites des bons gouvernants. Dans le cas contraire elle fait éviter au pays les conséquences de la mal gouvernance en en imputant la responsabilité à l’agent gouvernant. N’est-ce pas ça le sens de l’ « être-responsable » ?

Ce que ni le Dey, ni Noriega, ni Saddam n’avaient pas voulu comprendre à leurs malheureux destins : penser à l’alternance comme tactique stratégique infaillible non seulement pour sauver leurs personnes ou leur honneur historique mais aussi et surtout pour garantir la survie même de leurs pays.

Un roi de l’antiquité à Tyr avait compris cette sagesse et l’avait usée et avait su sauver - dit-on son – son pays, comme l’atteste cette citation du critique d’art Ibrahim El-Ariss que je laisse en arabe :

 

عن الملك بيركلس، الذي كان يحكم مدينة صور في الأزمان القديمة. لكنه ينهار ذات يوم امام تهديدات امبراطور اليونان المدعو انطيوخوس، الذي كان يبدو قادراً على تدميره وتدمير مدينته، ولا يكون منه – أي من بيركلس – إلا ان يقرر ذات يوم تسليم مقاليد الحكم الى وزيره الأول هليكانوس لمبارحة صور، حفظاً لها من ان تُدمّر إن هو بقي فيها، على يدي الإمبراطور اليوناني.

 

La raison politique devient-elle une raison mythique à peine touche-t-elle la terre de nos douars? Ou bien nos politiques, par leur bricolage, démontrent-ils une fois de plus que la culture de l’alternance et la démocratie reste encore totalement étrangère à notre terre, hors de portée de l’esprit prélogique de homo berbericus, une sorte de jeu trop dangereux pour les Algériens scandaleusement immatures et primitifs que nous sommes ?

Nos gouvernants, par leurs comportements d’un autre age, font en sorte que ces valeurs (mortelles pour les frileux et délicats Algériens que nous sommes) deviennent peu crédibles car ils les vident de leur sens et de toute leur utilité historique. Ainsi, nos gouvernants, contribuent-ils à bidonvilliser notre esprit et notre culture, comme si notre médiocrité, entamée des siècles auparavant, ne suffisait pas déjà à nous rendre malheureux et ridicules aux yeux des autres nations !

Certes ces valeurs sont le produit d’une longue histoire collective dont la plupart des Algériens n’ont pas encore pu prendre conscience et dont les  rares élus de la providence (nos élites, toutes catégories confondues) n’ont pas encore bien intériorisées et maîtrisées.

Mais nos gouvernants doivent savoir qu’il faut toujours commencer par un petit pas. Zeroual l’avait fait en concrétisant le rêve de démocratie en Algérie par la limitation du nombre de mandats présidentiels. Bouteflika - semblable à ce personnage étrange dont parlait Adonis qui « hier, il a fabriqué un fanal et aujourd’hui il est jaloux de sa lumière » - nous a contraint de faire deux pas en arrière. Or le progrès et la sérénité politique reposent sur le cumul sélectif des expériences historiques et l’effort personnel de l’individu pour acquérir ce trésor de valeurs, l’enrichir et le transmettre enfin aux générations futures.

 

Une hâte suspecte

J’ai fait un cauchemar: « Je me vois dans un taxi qui m’emmène, seul, vers la ville (civilisation ?) Une voiture blanche qui procède dans une atmosphère crépusculaire, clair-obscur, étrange et angoissante. Le chauffeur est un ami, un certain N. En réalité, il fait l’ingénieur - je le sais par cette omniscience du rêveur. Il a une calvitie qu’il réussit bien à cacher grâce à des boucles de ce que lui reste des cheveux. Puis, comme ça se passe normalement dans les rêves, c’est son frère qui se présente à moi. C’est lui qui se trouve maintenant au volant. Dans la vie cette personne fait le délinquant. Ce changement de cartes, à même la table, me déconcerte mais le nouveau chauffeur me rassure. Et qu’importe ? L’essentiel est d’arriver à la clairière ou aux lumières de la ville. »

La peur et le désarroi ne se sont emparés de moi que plus tard, en plein jour, quand j’ai repensé à ce rêve terrible pour le lire à la lumière des évènements et pensées qui s’étaient écoulés la veille. J’avais eu vent, par les journaux, de l’intention de M. le président de remanier l’article 74 de notre constitution, notez bien, en extrême urgence et avec une détermination redoutable.

Puisque les journaux sont souvent fragmentaires dans la distillation des nouvelles et des informations, je suis allé consulter le site web de la présidence. Le discours du président annonçant le malheureux amendement, y était déjà. Je l’avais lu.

Ses déclarations me laissèrent un lourd et fastidieux sentiment d’impuissance. L’homme est fort, déterminé et personne ne l’arrêtera ! - me suis-je avoué. Il osait parler de la justice, du respect de la loi, de la démocratie… devant les juges pour avouer son intention préméditée d’humilier notre loi fondamentale ! Comment le petit peuple arrive-t-il à apprendre à respecter la loi ?

 

La faute est un peu à nos intellectuels aussi

En agissant de la sorte, comme s’il était l’unique personnage politique qui existe en Algérie, le président compte-il convaincre quelqu’un ?

En réalité, son discours et ses agissements n’ont d’effets que sur les gens indifférents je-m’enfoutistes, les niais, les opportunistes, les superstitieux aussi et les paresseux à esprit rétrograde, suranné et périmé.

Mais qu’importe ? Ces gens, que pourtant il arrive à lui-même de les appeler citoyens, ne comptent que comme compte un bétail dans une ferme.

Ce genre de comportement n’a qu’un nom : la gouvernance arbitraire, la dictature. Comment en est-on arrivé là ? C’est dû peut-être aussi au type de langage et des analyses bidons de notre intelligentsia. En fait celle-ci, inconsciente ou complice ou indifférente, tend à nous présenter notre président comme l’unique personne responsable de toutes les douceurs et de toutes les bêtises et misères de tous les Algériens !

Avec leur discours vide et leur langage malade, nos intellectuels (heureusement qu’il y’en ait quelque exception, malheureusement, rare) ont poussé les citoyens  à avaler et assimiler un tel complexe de nullité citoyenne et existentielle ; à démissionner devant leur engagement moral, à se renier, à se sentir non concernés par les affaires publiques. Affaires qui sont par définitions leurs, qui leur appartiennent de plein droit non seulement pour en user mais aussi pour les défendre avec conscience, justice et fermeté.

L’on a vu des citoyennes corrompues, candidates concubines, excitées et inconscientes, qui criaient Bouteflika zaoudjouna ! De quel type de maisons sont-elles sorties ? sont-elles des femmes ou des hordes de femelles en rut ? Dans quelle époque vivent-elles ? Quel type de femmes et citoyennes représentent-elles ? Connaissent-elles la dignité?

Y a-t-il un espoir après un tel comble ? J’aimerais bien interpeller la société des femmes qui se battent pour leur dignité et la société des hommes libres et justes - qui les soutiennent dans leurs lutte contre l’oppression et l’humiliation des mâles – sur ce qu’ils pensent de ce prostitutionisme. Personnellement je ne l’aime pas.

Nos intellectuels aussi ont leur part de responsabilité dans le marasme algérien : ils n’ont pas su non plus hisser les citoyens vers les idéaux qu’ils semblent défendre et prêcher.

Au contraire, ils se sont abaissés avec leurs idéaux et leur langage jusqu’à faire perdre à ces idéaux et à ce langage leurs qualités intrinsèques et leur pertinence d’être la vraie locomotive du progrès civilisationnel et moral. Ainsi ont-ils fini eux-mêmes par se fondre dans l’acide et les sulfures érosifs de la médiocrité intellectuelle et de l’obnubilation politique caractérisant les Algériens.

Cette obscénité est la preuve par neuf que les Algériens, ou bien, ils sont Kouava ou bien il sont des ‘Abid qui ne sauraient exister que pour adorer un maître, quel qu’il soit ; pourvu qu’il se présente tel !

Du reste nous étions des laquais au service des envahisseurs turcs pendant 3 siècles et français pendant 132 années; en quoi ça peut nous gêner de faire encore les serfs pour un dit maître local pendant cinq infimes années!?

 

Des traditions du président

Et puis que signifient ces traditions et ces valeurs dont parle le président, dont il se pose comme unique sauveur et protecteur ? Sont-elles importantes seulement pour nous faire avaler son savant discours de rationaliser son abus du pouvoir ? Pour nous faire accepter le fait accompli ?

Pourquoi ce remaniement de la constitution alors que des traditions archaïques, qui gênent mortellement notre marche vers le progrès et la dignité, doivent-elles rester intactes et bien au chaud des marécages de la stagnation et de la putréfaction ? Pourquoi la constitution doit-elle être  renouvelée… et encore : vers le négatif ? Pourquoi cette transgression vers le bas ?

S’il est vrai, comme dit le président, que l’Algérie soit une belle vierge et que tous les Algériens soient amoureux fous d’elle, pourquoi est-ce qu’il n’y a que lui qui doive en être le prétendant éternel. Les Algériens auraient dû comprendre cette métaphore et y lire clairement les intentions du président de ne plus démordre de l’Algérie (el koursi) : peut-on être berbère, arabe et pardessus tout musulman dans un pays musulman et accepter tranquillement qu’on partage sa femme, ou ses concubines avec quelqu’un d’autre – fut-il son propre frère ?!!

S’il vrai que cette exécrable tradition, du reste bédouine, de mourir au koursi, séduit le président par pur patriotisme, alors tous ceux qui ne deviendront jamais présidents ne seraient jamais des patriotes. N’est-ce pas absurde ?

Il avait accompli sa mission en ses deux mandats réguliers. Qu’il veuille enseigner aux fils chéris de cette bien aimée l’art de gouverner avec les bonnes manières et le beau style.

L’Algérie malheureusement n’est pas les Usa et pourtant là les hommes demeurent toujours des hommes tout en concédant leur belle à leurs semblables. Là, les hommes, malgré le vrai machisme, la vraie virilité (civique et morale, civilisationnelle donc), malgré leur libido dominandi fort développée, ils démontrent toujours qu’ils sont de simples hommes, pas plus indispensables que le reste des leurs concitoyens. Ils se montrent vraiment responsables et respectables donc. Ils ne cèdent jamais à la bouffonnerie de se vouloir rois et pour toujours ou Père-éternels.

Mais ce n’est pas ça qui intéresse le président ; comme ce n’est pas vraiment l’urgence de faire fonctionner l’Etat qui lui avait dicté sa manœuvre constitutionnelle… il voulait seulement trouver le mode de rester rivé à son trône.

Et c’est une habitude bien de chez nous que d’être toujours pressé de faire les choses, quand il s’agit de nos propres intérêts. Le président peut dire ce qu’il veut. Il peut améliorer ce qu’il peut de nos institutions ou les changer ou l’adapter à l’air du temps et c’est juste, légitime et nécessaire ; mais de là à faire passer la monocratie à vie comme une évolution positive de la politique, ce n’est pas juste ni légitime ni nécessaire : il a abusé du pouvoir que lui a conféré le deuxième et dernier mandat.

L’alternance en politique est la seule lumière qui éclaire le chemin de ceux qui nous gouvernent. Elle est la dignité des citoyens, elle est la seule légitimité politique de notre époque, le seul ciment organique qui soude les citoyens entre eux et qui assure la cohésion sociale et l’unité dans le respect  mutuel et dans l’harmonie.

Notre président sera grand à nos yeux seulement s’il accepte de nous restituer ce qu’il nous a pris: ce grand acquis qui était venu renforcer notre indépendance et réaliser l’un des grands objectifs de Novembre 54 à savoir: l’alternance. L’alternance comme l’avait définie et établie l’article 74 de la constitution algérienne avant la manipulation de novembre 2008. Ah ce Novembre : il nous a créés en 54 et nous a humilié en 2008!

Le président qui voudra être grand à nos yeux, ce sera celui qui nous restituera notre Article 74, notre dignité perdue.

Qu’on regarde Chirac, le pourtant anti-algérien, lors de sa visite aux sinistrés des alluvions, comme il avait été applaudi et avec quelle chaleur il avait été accueilli par ces Algériens. Il avait pris la vedette à notre président, pourtant parfait Algérien et insoupçonnable révolutionnaire !

Pourquoi ? Tout simplement (une simplicité qui requiert des siècles de culture politique) Chirac connaît les lois de son pays (comme il l’avait démontré plus tard) et sait les respecter.

Mais pourquoi faire appel à la loyauté de Chirac : nous avons dans notre histoire lointaine, presque archaïque, des exemples de loyauté politique impeccable.

« Hannibal par contre est Carthaginois et il est trempé de culture grecque… il ordonna à son frère Magon de ne pas hésiter à attaquer quand viendra le moment…, il lui dit : Romani nihil ad hoc genus belli adsueti… les Romains ne sont pas habitués à ce genre de guerre. Sa guerre qui était originale en tout et géniale. » Paolo Rumiz.

Malheureusement notre président n’était pas au rendez-vous avec l’histoire. Ceux qui le comparent à Napoléon, ont raison mais seulement dans un cas : la grande soif de despotisme. Du reste Napoléon, empereur d’Europe, fut écroué par un simple amiral d’une petite mer pour le compte d’une île minuscule. Lord Byron avait toutes les raisons d’en être triste.

S’il y a quelqu’un à qui notre président aurait pu ressembler, s’il avait laissé l’article 74 intact et si le peuple l’avait sollicité spontanément pour un troisième mandat, c’est à Roosvelt. Mais il parait qu’un tel vœu relève, plus que de la chimère, du délire. Mais l’exemple de Roosvelt (élu exceptionnellement pour une 3e fois et violant ainsi la constitution américaine) n’avait portè à la manipulation de la constitution qui était retournée à travailler dans les normes fixées. Ainsi aurait dû être le cas de Bouteflika. Malheureusement il n’en était pas ainsi !

 

Alternance et résistance à l’alternance ou de la tragédie arabe

Par une bête tradition, les Arabes prennent le pouvoir dans le sang et le crime, le maintiennent dans le sang et le crime et ne le lâchent que dans le sang et le crime. L’essence de la tragédie arabe est que ses protagonistes sont ridicules. Et c’est peut-être ce type de tradition funeste qui a dicté à notre président l’impératif de violer notre constitution. Et c’est peut-être ce type de tradition funeste que notre président entendait préserver au nom de l’authenticité quand il parlait de tradition.

Nos gouvernants savent-ils que leurs gouvernés sont faibles ou, ce qui est presque la même chose, qu’ils sont assez décents pour avoir l’envie de provoquer, à chaque installation d’un potentat au pouvoir, une guerre civile ? Ce n’est pas que nos gouvernants soient grands ou raisonnables (mûrs et responsables), mais ils profitent tout simplement et effrontément de la faiblesse de la plèbe et de ce laisser-faire qui ressemblent à de la décence.

Il y a d’un côté donc ce laisser-faire dû à l’inconscience et à l’irresponsabilité de toutes les strates de la société qui restent épatées par ledit charisme de nos zaims (sauf quelques rares et insuffisantes exceptions) ; et de l’autre côté il y a cet esprit de chacalisme politique qui fait que nos gouvernants recourent d’une manière systématique, urgente et exclusive à l’abus du pouvoir et à la trahison de la confiance du peuple.

Tactiquement l’alternance permet au mandat passé d’être un exemple de gouvernance, un espoir et une chance pour les opposants et une manière de les apprivoiser, de faire comprendre que le pouvoir c’est l’institution et qu’il ne peut en aucun cas être confondu avec les agents qui sont les personnes. Celles-ci ne sont là que pour lubrifier le roulement et assurer le bon fonctionnement de l’engrenage politique.

L’alternance montre que les hommes sont des hommes et que leur rôle réside dans les services qu’ils rendent à la communauté ; que les hommes passent et périssent et les institution restent et continuent à fleurir et à porter leurs fruits ; que les hommes ne sont indispensables qu’autant que l’ombre l’est pour son objet ; que si l’Etat se trompe (ce seront les hommes-agents qui se trompent en réalité), il n’y aura pas de grands problèmes à sauver la face (puisque qui vient par la suite ne se sent pas responsable de l’erreur qu’aurait fait son prédécesseur – et s’il s’agit de mérites, il n’aura qu’à compéter et émuler avec les réalisations de celui-ci). Au contraire il aura les mains libres et la conscience aussi et sera donc crédible dans ses discours et ses entreprises pour remettre les choses en place et corriger les erreurs et les égarements hérités de son prédécesseur.

L’alternance crée une espèce de compétitivité horizontale entre les contemporains d’une même époque et verticale entre les générations qui se succèdent. Chaque type de compétitivité, théoriquement sain politiquement (qui accepte l’alternance et ses vertus), contribue par ses projets ou ses expériences à enrichir la culture et la pratique politiques.

La génération présente formule des projets après avoir bu et évalué de manière critique l’expérience de l’antérité et les rêves encore bruts de la jeune génération appelée à prendre la relève.

La vieille génération, sa mission accomplie et son devoir fait, se retire pour faire le bilan des ses idées et de sa praxis et aussi pour observer à tête reposée l’entreprise de la génération qui a hérité d’elle la lourde responsabilité de gouverner.

La génération future regarde, elle aussi, et cherche avec l’impatience et la fougue de la jeunesse, encore sous l’empire de l’inexpérience, à brûler les étapes avant que viennent la brûler et la faire raisonner la réalité, le réalisme et la sagesse des vieux routiers de la politique et de ceux qui sont en plein exercice de la gestion de la chose publique.

L’alternance, ça exprime et met en exergue la personnalité et les qualités des hommes et des femmes du pouvoir durant leurs vies mêmes, avant qu’ils soient morts ou décimés dans la honte par les calamités des révoltes et des contestations, avant qu’ils soient désavoués comme une peste ou une gangrène.

L’alternance est une ressource politique stratégique car elle permet de creuser dans les mines de richesses inépuisables du génie du pays pour en extraire de nouvelles possibilités et de nouvelles opportunités et de nouveaux modes adéquats pour la bonne gouvernance.

Elle permet de préparer des citoyens conscients et responsables qui puissent assurer des avenirs toujours rayonnants, prospères, libres et justes ; car alors ils sauront qu’ils auront affaire à des institutions stables et sûres donc et non à l’arbitraire de l’humeur des gens qui les gouvernent ; qui sont instables et imprévisibles par nature et, je dirais même, par vocation.

 

Oui, méfions-nous surtout de ce type d’Arabes

Oui l’institution est nécessaire car elle est la seule garante contre l’irrationalité de l’homme qui est toujours proie de ses passions et de ses limites. La stabilité de l’institution (l’Etat dans ce cas précis) ne doit pas signifier l’inamovibilité de quelque potentat assoiffé du pouvoir, mais le fonctionnement avec les paramètres de la bonne gouvernance que nous pouvons aller emprunter chez les nations qui nous devancent en ce domaine précis et dans tous les autres domaines bien sûr.

Il est évident que ces nations ne peuvent être que la France et les Etats-Unis d’abord car nous croyons les bien connaître, puis l’Italie, l’Angleterre, la Suède, l’Allemagne entres autres. Il est évident qu’on ne doive en aucun cas nous adresser à aucun pays fondamentalement despotiques, surtout les pays dits arabes. Oui, méfions nous surtout de ce type d’Arabes.

Ce n’est qu’à ce prix que nous porterons nos voisins et nos amis à nous considérer avec respect et à se fier de nous. Ce n’est qu’à ce prix que nous gagnerons leur estime et leur amitié. Ce n’est qu’ainsi que nous les amènerons à partager avec nous destin, ressources, expériences et solidarité.

Si l’institution s’identifie avec l’homme, celui-ci sénilisant, il sénilise inexorablement avec lui l’institution. Et c’est justement à éviter ce risque que sert la stabilité de l’institution quand elle est régie par l’alternance.

N’oublions pas que moult décisions concernant des évènements décisifs et des destins se jouent au niveau de l’imaginaire : ce qui compte c’est ce que les gens croient comprendre ou percevoir, c’est ce qu’ils imaginent. L’objectivité est rare et a besoin de science, de discipline, d’effort et surtout des opinions critiques que seule l’alternance peut garantir.

L’alternance n’est pas donc seulement une élégance ou une mode politique mais elle est une nécessité, une condition sine qua non pour construire l’Etat et ses institutions, pour éduquer le citoyen et l’engager sur le chemin du progrès, de la liberté et de la prospérité.

Il semble, hélas, que ce mimétisme oriental (Lacheraf) n’affecte pas seulement nos simples quidams de paysans ou de mécanos (à la Fellag) inconscients des enjeux vitaux de l’époque présente et de l’héritage de l’histoire, ignorants, manquants d’imagination et méfiant de leur génie propre, sans personnalité et sans originalité… mais ce mimétisme sévit jusque dans les hautes sphères de notre société, il touche la crème de nos élites gouvernante surtout, avec le président en tête !

 

Heureuse lacune

Pourquoi cher Président nous faites-vous subir cette honte historique ? pourquoi ? si ce comportement est vital pour vous, il est mortel pour nous et nous frappe dans ce qu’on a de plus précieux : notre dignité. Il est mortel pour l’Algérie, cette belle houria, dont nous sommes tous amoureux fous d’elle et mortellement jaloux.

Quant à Novembre, il n’est plus là où vous pensez qu’il soit (1954 n’existe plus depuis plus d’un demi siècle) mais il est parmi nous, habillé de cette aspiration des Algériens de vivre libres, avec décence et justice, gouvernés par des chefs généreux, justes eux aussi et libres ; pas par des despotes en tous les cas pas par des intrus ou des usurpateurs.

Vous pouvez bien mourir au gouvernail, M. le Président, mais l’histoire ne retiendra de vous qu’une date sans grande signification ou l’effigie d’un chef anonyme. Vous êtes trop intelligent, instruit, patriote produit direct de Novembre pour écrire de cette façon, une page de l’histoire de l’Algérie moderne.

N’êtes-vous pas déjà trop honoré par votre passé révolutionnaire, par votre contribution à la construction d’un Etat algérien qui ne devrait pas disparaître avec la disparition des hommes et enfin par les grandes réalisations, durant vos deux mandats, de la paix sociale et de la résurrection de l’économie nationale ? Qu’ajoutera un minuscule mandat à tous ces honneurs ?

Notre révolution – vous savez ça et vous nous l’avez enseigné – n’a pas de père fondateur, ni de zaim particulier ; pourquoi alors vous vous comportez comme si vous cherchiez à combler cette heureuse lacune de la révolution algérienne ? Comme si vous vouliez être adoré comme l’unique père fondateur de l’Algérie ? Pourquoi, au lieu de transmettre à vos concitoyens l’abnégation et la dignité que vous avait enseigné Novembre 54, avez-vous projeté de nous inculquer l’abjecte culture du culte de la personnalité, l’exécrable sens de l’hypocrisie, de la soumission, de la démission et du défaitisme ?

Les Algériens ne vous ont pas demandé de faire le père éternel pour eux (la plupart d’eux, en ont déjà un et ça aussi vous le savez). Et puis à leurs destins, ils pensent eux-mêmes, comme ils ont fait jusqu’ici et comme ils le feront par la suite quand ni vous ni moi ni nos contemporains ne serons plus ici pour y fourrer nos nez..

Les Algériens veulent tout simplement qu’on respecte leur volonté et donc cette loi qui leur garantit cette forme de dignité ; ce que vous et nos autres gouvernants attendez de nous : le respect de la loi. Vous n’avez pas tout de même l’intention de nous enseigner le non respect de la loi ? Pourquoi détruisez-vous en nous le déjà mal-mis et piètre sens du civisme et de la moralité et nous catapulter directement vers l’age des cavernes, vers l’état de la jungle où il n’y a ni loi ni foi ?

Votre force réside dans l’éparpillement et le chaos des forces de vos gouvernés. Forces négatives de l’ignorance, de l’indifférence, de la paresse mentale, de l’opportunisme, de la complicité, de la superstition, en somme de la médiocrité généralisée.

Ce n’est pas un mystère et il n’est pas besoin d’aller en chercher l’explication par le génie ou par le charisme caractérisant et légitimant...

 

Smari Abdelmalek

 

 

 

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Mardi 31 mars 2009

" ليس ثمّة برزخ بيني وبينكم فحين يأتي الطّوفان فإنّه لا يعرف حدود الجوار ...

ذاك لأنّا بسفينة واحدة ... "    < من وحي الألم >  - مالكي حليمة - 

 

ENAG Editions - Alger 2007

 

 

NON AU TROISIEME MANDAT !

 

Et alors il ne nous reste qu’à pleurer !

En ce qui suit je vais essayer de voir, de plus près et selon mes forces, le controversé discours présidentiel où le chef de l’Etat algérien annonçait l’ « enrichissement » - dit-il ; l’ « appauvrissement » - dirions-nous - de notre constitution dans son discours prononcé le 29-10-2008 à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire 2008-2009.

Enrichissement selon lui. Notons le mot, même pas « changement, remodelage ou tout simplement correction » ; ce qui aurait été mieux et peu suspect. Non, notre président choisit bien ses mots : « Enrichissement » - dit-il - comme si notre constitution comptait moins de mots ou moins de bonnes intentions ou encore moins de bonnes idées ; et comme si, lui, il n’était là que pour lui combler ce manque qui la tarait scandaleusement ! 

Le langage humain est par définition ambigu et à cause de ça il est une arme redoutable aux mains de son utilisateur. L’astuce de tout bon orateur consiste à jouer sur l’ambiguïté sui generis des choses et du langage qui dit ces choses. L’on peut faire dire au même mot – semble nous enseigner les magiciens des mots - la chose et son contraire. Il est clair que seuls les niais, les serviles et les opportunistes apprennent ce genre de leçons.

« La démocratie pluraliste est une conquête de notre pays que nous devons ensemble veiller à sauvegarder et à promouvoir. J’y suis personnellement pleinement attaché, partant de mes convictions mais aussi des responsabilités découlant du mandat qui m’a été confié par le peuple. » Conseil des ministres 03-11-08

Ces mots, en soi, sont justes et faux à la fois. Cette contradiction est déterminée par le contexte où l’on pose ces mots : ils sont justes s’ils viennent placés dans la situation de quelqu’un qui, les deux mandats terminés, il se retire. Ils sont justes quand c’est un Chirac, un Bush, un Netanyahou ou même un Khatami qui les prononcent.

Ils sont par contre faux quand c’est notre président, Chavez, Moubarek ou quelque zaim nostrano qui les profèrent.

Idem pour cette seconde assertion « La véritable alternance au pouvoir émane donc du libre choix du peuple lui-même lorsqu’il est consulté en toute démocratie et en toute transparence, à travers des élections libres et pluralistes. » Conseil des ministres 03-11-08

Le problème ici est plus éclatant : consulter le peuple ou ses représentants est une belle chose et l’assertion est logique donc. Mais ce qui grince c’est que le peuple a bien voté pour la limitation à deux mandats non renouvelables du président de la république en Algérie.

Et ce libre choix du peuple a été non seulement ignoré mais changé comme dans un jeu de poker où un astucieux joueur change les cartes sur table. Et puis l’alternance est alternance ; et en politique ça signifie alterner les personnes responsables, les changer.

Parler d’alternance politique en maintenant à sa place la même personne et à vie, ça relève de l’absurde. Et dans ce cas il n’y a pas de quoi être tranquille, il n’y a pas de quoi se réjouir. Et alors il ne nous reste qu’à pleurer !

 

L’ombre, la proie et les apprentis démocrates

  « L’Algérie a posé, durant ces dernières années, les fondements d’un développement global, que ne peuvent dénigrer que les âmes envieuses ou pessimistes. » Discours du 01-11-08 

A part le caractère autoréférentiel et, par certains traits, superstitieux de ce discours, son auteur atteint dans le cœur ses détracteurs. En fait les tenants de l’alternance (du type : Deux mandats maximum et via !) vont dire - en pensant critiquer le président – qu’il a ruiné le pays, qu’il n’est pas capable, qu’il est ceci ou cela… alors qu’ils savent au fond d’eux-mêmes que Bouteflika est un vrai homme politique. Il a travaillé pour notre pays comme l’aurait fait à sa place n’importe quel autre citoyen algérien consciencieux et responsable.

Répétons-le ce n’est pas le président, individuellement qui fait tourner la machine Algérie : c’est bien la synergie et le concours de tous les citoyens ; chacun à partir de son coin et selon ses manières, ses moyens, ses compétences, ses motivations et ses capacités.

Ça, il ne faut jamais l’oublier. Comme il ne faut jamais (il n’aurait pas fallu) dire que Bouteflika est un imposteur, un mal gérant des affaires de l’Etat, un dictateur ou autres inepties politiques et diffamatoires.

Il fallait et il faut dire par contre haut et clair que Bouteflika ne devait pas toucher l’article 74. Est-ce peu ? Oui c’est peu mais c’est tout. Et c’est toute notre dignité et toute notre crédibilité qui auraient gagné. Car il s’agit légitimement, pour nous autres citoyens algériens, de consolider un nouvel ordre politique à peine introduit en Algérie : l’alternance.

Et puis si l’on confond critique et dénigrement, le plus banal des partisans de Bouteflika peut nous défier : en nous démontrant pertinemment que Bouteflika est parmi les meilleures têtes que compte notre pays. Il pourra nous dire : « Vous savez ça et vous avez peur de vous l’avouer, même pas à vous-mêmes ! » Et, ma foi, il aura tout à fait raison.

Je n’entends pas, par ces propos, porter mon soutien à cette gaffe politique, grave. Notre président sortant – celui du premier et du deuxième mandat - ne doit pas abuser du pouvoir que le peuple lui avait confié pour la période prévue par la constitution algérienne ; ça va de soi.

Cessons donc d’insulter les gens et de nous prendre, les uns les autres par les boyaux : dire que notre président a 1,51m c’est mystifier le vrai problème. Que peut-on faire - sinon ranger la queue entre les pattes – face à ce même président auquel on reproche la petite taille qui vous glace en vous répondant : « J’ai deux centimètres de hauteur plus que Napoléon ! » ?

L’on ne peut pas battre les gens ordinaires dans ce type de combats imbéciles, figurez-vous si l’on a devant soi une personne de l’intelligence d’un Bouteflika.

Non ! Notre président sortant est devenu critiquable non pas parce qu’il est vieux, malade et de basse stature, mais seulement parce qu’il a changé l’article 74 qui équivaut à une véritable violation de notre constitution. Il a abusé de la confiance de ceux qui l’ont voté et ceux qui l’ont admis par la force des urnes et pour des raisons de con-vivance ou de réalisme politique.

Il a violé notre constitution donc au vu et au su de tous les Algériens et de tout le monde. Et c’est seulement ça qu’il faut lui reprocher.

Pour le reste il doit demeurer ce qu’il est : un grand fils de l’Algérie, plein de qualités et animé de bonne foi. Comme tous les mortels, il reste humain : il se trompe ; et le rôle de ses concitoyen est justement de le corriger par la critique et la dénonciation : redoutables armes politiques qui devraient lui empêcher de briguer un 3e mandat. 

Or ce que nous constatons c’est que la grande partie de nos démocrates – critiques de la politique de Bouteflika - s’est trompée de cible, malheureusement pour la démocratie en Algérie ! Ils ont mis la main sur l’ombre ; ainsi ont-ils perdu la proie !

Il ne faut jamais condamner sans laisser une voie d’issue, mais il faut provoquer les esprits et les évènements afin d’obtenir l’intelligibilité des faits et des situations. Quant aux hommes… on ne sait jamais ce qui trotte dans l’esprit des gens simples ou des singes, figurons-nous quand il s’agit d’un homme politique et a fortiori d’un homme aussi intelligent et fort (de deux mandats et d’un probable 3e ) comme notre président sortant.

 

Nihili admirari ou Le bénéfice secondaire d’être mortel

Pourquoi nos présidents sont-ils ainsi ? Pourquoi tendent-ils à régresser plus qu’ils n’avancent vers le progrès et le respect des citoyens ?

Parfois ils font penser au personnage de Jean Giono des « Collines » : sénile, malade, désespéré et malveillant ! Il ne sait donc que deux choses : qu’il ne sert plus à rien et surtout qu’il va mourir incessamment. Nos gouvernants semblent se comporter de la sorte – comme s’il n’y avait qu’eux qui auraient le privilège de mourir.

Nos responsables aiment-ils tellement les autres, leurs concitoyens, qu’ils leur souhaitent ce qu’ils souhaitent à eux-mêmes, c’est-à-dire : se mettre personnellement à leur service et, coûte que coûte, les servir ? Ils font donc tout pour faire sombrer avec eux toute la baraque Algérie ! N’est-ce pas du délire tout simplement ?

L’unique notre consolation, certes, maigre et ridicule est qu’ils ne sont pas de la trompe des Chirac, Ciampi, Blair ou Bush Jr. - que dis-je ? - d’un Chadli ou d’un Zeroual !

Pourquoi ce comportement bizarre, archaïque ? Est-ce là une manière qu’adoptent nos gouvernants pour nous faire avaler que le pouvoir est sacré et que seuls les élus de la Providence, comme eux, les Mahomet ou les Saint Pierre ont droit à s’y approcher ?

L’Algérie n’est pas Rome ni celui qui la gouverne peut être un César. Non, l’unique grandeur pour le mortel qui la gouverne est celle de la servir conformément à l’évolution des valeurs politiques universelles. Passer dans l’histoire, de cette manière violente et abusive, c’est passer avec petitesse comme un simple chef d’une simple et primitive tribu ou république des bananes.

L’unique honneur est de ne pas confondre le propre narcissisme avec l’indispensabilité. Nous sommes tous narcissiques pour ne pas dire égoïstes, mais personne ne peut être indispensable. Idem pour la responsabilité : il ne faut pas confondre la chefferie de l’Etat (qui devrait durer le temps d’un ou deux mandats, comme c'était prévu par notre défunte constitution) avec la ridicule présomption de faire le Père éternel.

La responsabilité d’un chef de l’Etat ne peut jamais aller au-delà du rôle d’un simple coordinateur des efforts des collaborateurs qui l’entourent (ce qui n’est pas facile ni moins important). Le reste des destins, ce sont les citoyens qui se les inventent et se les façonnent.

Dire qu’il a fait ceci et cela et que le soleil et les gens ne se lèvent le matin que quand il lève son petit doigt… signifie que le diseur de telles inepties est une malheureuse âme écrasée sous des tonnes d’idioties incurables.

Et dire qu’il y a des gens, et non des moindres (les représentants de ladite alliance présidentielle), qui le croient et pensent de nous le faire croire ! Malheureusement ils n’ont pas besoin de fournir de grands efforts pour persuader leurs ouailles. D’ailleurs notre mode de cultuer, d’ériger en objets de culte nos propres semblables, précaires et mortels, nous est archi-connu ; vu notre paresse multiple : morale, intellectuelle, technique, politique, spirituelle, manuelle... 

A quoi sert-il d’éduquer nos enfants et nos citoyens aux normes, à la confiance et à la tranquillité que la constance inspire, à la sécurité, à la sérénité (sources et pré-requis sine qua non de tout labeur et de tout enthousiasme créateurs de richesses et de prospérité) ; si alentours et quotidiennement l’on voit que ceux qui sont censés veiller au respect de ces règles, font de tout pour se soustraire à la loi fondamentale du pays ? 

Que voulez-vous ? Leur modèle suprême de référence c’est celui des despotes archaïques et orientaux, si nous excluons, Israël, l’Iran et l’Inde. Ou bien, chez nous, le pouvoir n’est qu’une comédie interdite aux moins de 70 ans ?

Changer l’article 74 est une entorse, une violence, un viol pas seulement épistémologiques et symboliques mais c’est presque charnels. Ce sont des tailles à même la chair vive de notre corps algérien, c’est un calvaire, un martyre… inutiles, du reste.

S’exposer aux critiques des uns et aux dénigrements des autres, avec parfois un plaisir acharné, ça relève d’un masochisme extrême.

Au train où vont nos affaires politiques, il me vient de penser que nos gouvernants ne peuvent se défendre contre ce genre de masochisme. Je dirais même qu’ils le cherchent avec méthode et application. Et alors, l’on peut parler du bénéfice secondaire de la mort, de la destruction et du nihilisme.

 

Enjeu stratégique

Abolir l’article 74 c’est faucher cette jeune pousse porteuse d’espoir, de dignité et de fierté d’être Algériens démocrates pour une fois dans notre histoire souvent marquée par les oppressions et les humiliations de la servitude.

Abolir l’article 74 - sans nous en demander notre avis et (comble !) en notre nom - ça s’appelle sous d’autres cieux civils et honnêtes : l’envie de nos gouvernants de forger une idéologie spécifique de la subordination, une culture de l’asservissement, un esprit de bétails, une mentalité d’omerta et de silences complices, de prosternation devant celui qui devrait nous servir mais qui tend à se servir de nous.

L’enjeu est de taille, chers concitoyens : les nations sont les unes pour les autres semblables aux ondes déferlantes d’un océan plein de monstres prédateurs, impitoyables. L’Algérie n’a pas le droit de prêter le flanc à ces flèches assassines, à ces menaces extérieures qui ne ferment jamais l’œil, à la mal gouvernance intérieure qui ronge le tissu citoyen.

L’Algérie doit s’adapter aux modes modernes et efficaces de gouvernance si elle veut vraiment survivre ; si elle veut vraiment établir l’harmonie et l’entente entre ses enfants, gouvernants et gouvernés ; si elle veut vraiment instaurer la confiance entre les citoyens de divers bords ; si elle aspire à la cohésion sociale, à la paix et à la sérénité seules garantes du bon fonctionnement de la machine Algérie.

Qu’on médite un peu ce genre de menaces qui ne cessent de nous troubler jusque dans notre sommeil le plus animal et le plus profond : Aujourd’hui Hasseni, le diplomate algérien a été humilié, malgré son immunité diplomatique, par un simple juge français. Pensez un peu si la France avait agi de la sorte avec un diplomate yankee… ça aurait été la fin du monde.

N’allons pas trop loin : pensez un peu si la justice algérienne avait arrêté et mis en prison le diplomate américain coupable de viol des employées algériennes de l’ambassade américaine. Bien sûr, ça ne pourrait jamais arriver car alors l’Algérie aurait été rayée de la face de la terre !

Ce scélérat yankee pourra toujours vivre tranquillement, même en Algérie, après ses délits et aucun juge ou policier o militaire ou président de la république ne pourrait l’arrêter. Par contre nos diplomates et jusqu’à nos présidents et roitelets sont des proies faciles et des cibles éternelles aux agissements humiliants de ces nations fortes et prédatrices. Aujourd’hui Hasseni, Mami ou Nezzar, hier Saddam, Noriega, Allende… et la liste est longue, longue… Et demain ?

Heureusement les juges français ont mis la main sur un bas haut-fonctionnaire (qui le connaissait avant ça ?) Pensez un peu au jour où ces dieux et défenseurs desdits droits de l’homme prendront un vrai haut-fonctionnaire (mettons… le chef de l’Etat algérien en personne).

Et même là l’on pourrait dire encore « Heureusement ! » Car, pensez par contre s’ils viennent le chercher à Alger, dans ses bureaux d’El Mouradiya !

Ils sont capables (j’allais écrire Coupables) de l’accuser arbitrairement (comme ils le font toujours avec les cheikh-roitelets que sont nos gouvernants tiermondains). En cela nos responsables ne valent point plus que nous autres quidams et zaoualia.

Oui, ils sont capables de venir par la suite prendre notre président en n’omettant pas de foutre le feu à la baraque Algérie.

Oui, ils sont capables de trouver des accusations, valables selon leurs multiples et infinis poids et mesures, comme par exemple : la célébration de la Révolution de novembre 54, la fête de l’indépendance, Aid El Ad’ha, la circoncision de nos petits enfants, notre aversion pour le porc, notre amour boiteux pour les chiens ou la dernière révision de notre Constitution et l’affaire du 3° mandat…

Quelqu’un alors applaudira sûrement de part et d’autre du mar nostrum, beaucoup cependant de la rive sud pleureront certainement - et pour longtemps - la violation d’une belle vierge et accepteront de re-mourir fi sabiliha pour lui recouvrer l’honneur et la candeur.

 

La démocratie est fondamentalement alternance

« Mesdames, Messieurs, Vous n’êtes pas sans savoir que dés le début, nous avons constamment  agi pour consolider et moderniser les institutions de la République, pour consacrer les bases de la démocratie et renforcer l’édification de l’Etat de droit, avec la participation des différentes franges de la société à cet effort et à cette  démarche. » discours du président du 29-10-08 à l’occasion de l’ouverture de l’année judiciaire. 

Quand notre président prononce le terme de démocratie et ceux de ses accessoires et autres harnais, il entend autre chose que ce que quelqu’un d’autre entend ; il entend que la démocratie ne doit surtout pas - et en aucun cas - signifier alternance.

Il ne s’agit point dans son discours de penser aux débats, à la liberté d’opinion, à la possibilité de participation à la course électorale mais d’affirmer que tant qu’il sera en vie, personne ne devrait prétendre au pouvoir suprême. Oui, il ne manque pas de dire « Que le meilleur gagne ! » mais il fait en sorte que c’est lui-même qui soit ce « meilleur ».

Il est possible qu’il entende aussi par le mot Alternance, la nécessité de l’alternance mais toujours à un niveau subalterne ; d’ailleurs sa pratique courante dans les affaires de l’Etat est là à nous confirmer qu’il l’a toujours pratiquée depuis avril 1999 : en limogeant gouvernants et chefs de gouvernants ou en les réinstallant au gré de mystérieux calculs et caprices (aussi ?).

De ce point de vue il est cohérent avec cette parcelle de son discours ou – ce qui est pareil - cette parcelle de son discours est cohérente avec sa pratique politique.

Voilà pourquoi il ne s’embarrasse pas quand il se prend pour chantre de démocratie tout en excluant l’alternance. Voilà pourquoi ses lapins et lieutenants le soutiennent sans éprouver du ridicule. Voilà pourquoi les tenants du tout-alternance y voient de l’imposture et sentent de l’arnaque. 

« Nous assistons aujourd’hui à l’ouverture de la nouvelle année judiciaire qui coïncide pratiquement, cette fois, avec l’achèvement de l’une des étapes les plus importantes de la réforme de la justice à travers un  programme touchant plusieurs aspects de l’institution judiciaire, qui devait être renforcée et relancée dans le cadre du processus de redressement de toutes les institutions et structures de l’Etat pour consacrer les bases de l’Etat de droit. »

Voyez aussi comment il sait préparer les gens, pour ne pas trop en froisser la sensibilité, en leur faisant croire que tout change, et puisque tout change pourquoi devrions-nous nous attacher, comme à un fétiche, à un infime article de notre constitution. Il ira trop loin même pour persuader les réfractaires : il modifiera, outre à l’article 74, d’autres articles encore !

Ainsi arrive-t-il à banaliser ce changement précis, ciblé, extrêmement important, vital pour sa survie politique ; comme si faire de la politique n’avait d’autre sens que celui d’être président de la république et à vie !

En banalisant ce changement fort dangereux, il arrive à banaliser le retour de l’exécrable despotisme oriental et la dictature des républiques des bananes.

C’est absurde et c’est gênant, comme ces situations oniriques où les personnes les plus pieuses se voient parcourir toutes nues les rues pleines de voyeuristes, sans pouvoir cacher leur vergogne. A aucun instant de ce discours, le chef de l’Etat algérien ne perd son fil conducteur : celui de « faire régner la loi et imposer son respect pour préserver la vie publique au sein de la société et les droits et les libertés fondamentales. » dit-il - sans se gêner.

Idem, quand il parle de la justice : ce n’est pas qu’il n’ait pas la même conception de la justice que tous ses contemporains, amis ou rivaux, proches ou lointains, mais seulement il pense que la justice dont les gens ont pratiquement besoin ne doive pas être celle fondamentale, globale et qui touche à toutes les sphères de l’existence politique et sociale des citoyens ; celle-ci serait fictive ou chimérique, car elle est inexistante comme l’alternance au niveau de la magistrature suprême.

La justice qu’il a en esprit est de faire la promesse aux citoyens d’avoir un logement comme le voisin, pour ceux qui n’en ont pas, un travail, une protection sociale et sanitaire, une école pour les enfants et, si dieu voudrait bien, un environnement vert et reposant…

Ses gouvernés-sujets pourront avoir droit à tout sauf à celui de poser leur regard sur la magistrature suprême. Le président entend cette forme chimérique de justice car les chimères aussi usent les mêmes abracadabras pour venir au jour.

C’est cette justice qu’il entend par état de droit. Et c’est pour ça qu’il croit fermement à une adhésion-conscience forte et profonde de la part des citoyens. Ici aussi pour les détracteurs du projet du président, fauteurs du tout-alternance, ce discours n’est que de la fumée dans les yeux, de la mystification et, il peut être aussi, de la moquerie.

Que notre justice ait besoin d’amélioration, il n’est un secret pour personne. Mais priver les Algériens d’un acquis aussi prestigieux et vital comme la démocratie dans sa forme la plus sublime, comme l’alternance au niveau de la magistrature suprême, est - le moins qu’on en puisse dire -comme si quelqu’un pensait de re-livrer à la France l’Algérie indépendante.

 

Engagement international et souveraineté nationale ou l’épée de Damoclès

« Nous pouvons également signaler, dans ce contexte, l’amélioration enregistrée dans le domaine de la législation, à travers la révision de l’arsenal législatif national et son enrichissement par plusieurs textes législatifs et réglementaires  qui contribuent tous au renforcement des libertés et des droits fondamentaux, à l’organisation de la vie publique au sein de la société, qui visent à adapter  notre législation à nos engagements internationaux et à l’inscrire dans un contexte  de mondialisation. Et ce conformément aux mutations intervenues au plan international dans les relations entre les Nations et les peuples, et en adéquation avec les développements qu’a connus le pays sur les plans politique, économique et social  et les progrès réalisés dans tous ces domaines. »

Quand il parle de l’adaptation de notre législation aux engagements internationaux, il sait que ces engagements sont toujours faits avec des réserves. L’une de ce type de réserves fondamentale est la souveraineté intérieure et son corollaire la non ingérence étrangère.

Que savons–nous de ces engagements ? des généralités et des déclarations floues qu’on ne peut nier ou repousser facilement : car elles peuvent dire la chose et son contraire à la fois. Qui peut être contre une assertion comme celle qu’on vient de citer dans le paragraphe supra du discours ? Et qu’est-ce ça veut dire international ?

Voyons par exemple ce que signifie l’internationalité de la commission de contrôle des prochaines élections présidentielles en Algérie : l’engagement de 100 Africains, 80 Arabes, 8 membres de l’inefficace O.C.I., 5 de l’inutile Onu ! Tous, il va sans dire, sont issus des pays où la dictature sévit à la lumière du jour, sans complexe ni honte. Seront-ils crédibles, eux, qui ont le despotisme dans leur sang, dans leurs gènes, dans leur Adn ?

Notez bien : Pas un Européen ou un Américain !

« Cette réalité positive d’exception a motivé la volonté de quelques unes de ces organisations et de certains pays amis qui disposent d’un système  pénitentiaire développé, de faire part de leur disponibilité à aider l’Algérie à mener à bonne fin les programmes de réforme des établissements pénitentiaires. »  

Ce n’est pas l’objectif de cet écrit de juger de la pertinence ou non des systèmes judiciaire et pénitentiaire de l’Algérie et de leur réforme, mais de relever les incohérences d’un discours qui semble accepter humblement et volontiers les conseils et les expériences des pays amis disponibles à aider l'Algérie à mener à bonne fin les programmes de réforme, mais quand il s’agit de la pratique démocratique (via l’alternance politique vraie), les conseils de ces mêmes pays amis viennent ignorés si non jetés au nom de ladite souveraineté nationale et de la spécificité culturelle de notre pays.

La soi-disant harmonisation de « notre législation avec nos valeurs et nos principes nationaux et leur adaptation aux règles en vigueur  à l'échelle internationale, » se révèle alors une simple gymnastique épistémologique où excelle le discours de ce genre de gouvernants qui, une fois sur le koursi, ils n’aspirent qu’au maintien du pouvoir quitte à modifier la loi, à abuser de la confiance des citoyens et, s’il le faut, à mettre le pays  au fer et au feu.

La liberté et l’aspiration à la dignité ne sont pas l’expression temporaire de quelques caprices ou luxes liés à un moment précis de l’histoire des Algériens, c’est une poussée vitale et constante de leur vie. Et puis même s’il est vrai et nécessaire que plusieurs dispositions de nos constitutions s’avarient, jamais des valeurs comme le respect, la liberté, la justice, la dignité et la solidarité ne se fanent.

Il est indispensable que le langage qui exprime ces valeurs change, que les mécanismes changent, que les responsables et même les présidents des républiques changent, que les institutions changent mais pas l’amour pour ces valeurs, non !

Notre président avec sa capacité langagière nous donne à croire que l’instrument (naturellement périssable) s’identifie et se confonde avec une valeur (naturellement transcendantale et quasi éternelle) comme la liberté.

Voici donc notre constitution chamboulée ! Que veut-on de plus ? Transformer l’Algérie de république en monarchie ?

Avec notre article 74, nous avons raté un honorable rendez-vous avec l’histoire et perdu un de nos grands hommes, malheureusement !!        à suivre

 

Smari Abdelmalek

Par Malik - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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Dimanche 1 mars 2009


La constitution, sans laquelle tout ordre judiciaire, même avec

des magistrats vertueux, n’est qu’un redoutable jeu de hasard.

[Mirabeau, Collection complète des travaux de M. Mirabeau l'aîné]

 

 

Je joins ma voix à la vôtre, rares Consciences encore vives de notre pays, et je dis:

NON AU TROISIEME MANDAT!

 

Dis et meurs ? non ! Dis et vis

Parler de politique ou des choses qui concernent la politique ce n’est pas seulement un droit mais c’est surtout un devoir civique du citoyen ; peu importe le pays, la géographie, l’époque, la culture, les peuples ou le type de gouvernements en question.

Parler en l’occurrence de la constitution algérienne et de son amendement controversé n’est pas un fétichisme constitutionnel mais une manière de réfléchir sur le sens de l’Etat et des rapports que cet Etat peut avoir avec les citoyens ; des rapports que cet Etat permet de tisser entre ces mêmes citoyens et entre gouvernés et gouvernants.

Ici aussi il s’agit pour tout Algérien d’exercer ce droit et de s’acquitter de ce devoir. Car, pour paraphraser benjamin Stora « Ce pays (l’Algérie) était toujours en nous, mais désormais il est aussi en face, nous regardant (nous interrogeant)… »

Dans ce qui suit, je tâcherai de résumer le type d’attitudes et de réactions qu’une partie non indifférente des Algériens adoptent face à la manière dont notre président gouverne son Algérie ou l’Algérie de certains élus : la classe des moudjahidines et des gouvernants.

Je n’ai pas mis ces assertions entre guillemets car il y a des Algériens - et des non Algériens aussi ! - qui pensent et croient vraiment que l’Algérie soit la propriété privée de ces deux classes privilégiées d’Algériens.

Elus que les souffrances de la guerre d’indépendance ou l’héritage de ces souffrances ont viciés et gâtés, quand elles les ont érigés en dieux détenteurs des destins de leurs compatriotes ou au moins en héros infaillibles et suscitant mille avantages et mille égards parfois en dépit de leurs concitoyens et malgré l’austérité de notre société…

Ces citoyens qui réagissent ne sont pas toujours des simples quidams non initiés à l’art et au métier de gouverner. Bien au contraire, l’on trouve parmi eux des opinionistes, des journalistes, des cadres et plusieurs autres catégories de personnalités politiques indépendantes ou représentant quelques partis ou quelques associations. Certains noms sont largement connus, d’autres le sont discrètement.

 

Les quidams, les serfs et le maître à servir

Je commence donc par le commentaire des citoyens qui ont trouvé dans la rubrique d’El Watan (Avis des lecteurs) un forum où ils peuvent enfin exprimer leurs points de vue.

Parfois la manière dont nos gouvernants gèrent la chose publique leur semble tellement impertinente et insupportable qu’ils recourent à l’ironie, au sarcasme, à la violence des mots pour la dire.

Parmi nos concitoyens, il y a qui, par désespoir, a choisi la rupture. Pour ce genre de personne continuer à dialoguer avec les hommes du pouvoir, c’est comme « vous leur demandez tout bêtement de vous donner le bâton pour leur taper dessus. »

Il y en a d’autres qui pointent sur l’état de santé du président, comme si le fait d’avoir franchi les 70 ans signifie la mort imminente !

Le comble est qu’ils lui accordent une durée de vie qui ne dépasserait pas les 5 années du futur mandat présidentiel. Pour ça, ils lui conseillent (en toute sincérité ?) de se retirer honorablement, s’il veut vraiment avoir des obsèques similaires à celles d’un grand président comme Boumediene.

Il leur arrive de se moquer de lui  «… on te remercie pour tout, le peuple est très satisfait et fier de l’augmentation des salaires, de l’Aadl, des cités dortoirs bâtis par les Chinois et les Egyptiens, des routes et tunnels qui n’ont servi à rien et qui ont aggravé la bonne circulation, pour les pommes de terres importées et vendues à 40 D.A., pour les lois et les mesures de contrôle du marché de l’immobilier, on est vraiment un peuple heureux même le taux de mortalité a diminué. Merci à l’émergence des classes sociales ; on est maintenant soit riche soit pauvre et merci surtout pour le niveau scolaire de nos enfants qui s’élève d’année en année avec les idées de génie et les bons programmes d’enseignement de Mr Benbouzid, merci, merci... »

Ironie à part, n’importe quel président algérien aurait fait plus ou moins la même chose pour l’Algérie actuelle. Et ses résultats et réalisations ne devraient pas être vus comme un chef-d’œuvre politique ni devraient être considérés comme un summum mérite : ils ne sont que services et devoirs pour lequel il est d’ailleurs suffisamment payé, du point de vue moral surtout.

Malheureusement, chez nous, l’on continue à croire en la vertu du gouverneur, du monarque, du président qui seul lui compte dans l’univers, seul lui fait mouvoir le pays, seul lui est capable de pousser ou traire le char de la modernité et de la prospérité !

D’autres encore ne voient aucune utilité à ce 3e mandat et doutent que l’envie du président de le briguer soit le symptôme d’une soif de pouvoir pour garantire les privilèges des gens du clan qui détient le pouvoir, comme le dit un lecteur :  « certainement pas pour rendre service à son "cher" pays comme il prétend souvent le dire. C’est juste pour servir des intérêts dans il n’a aucun intérêt. »

Des gens comme ce lecteur vont jusqu’à le mettre en garde contre ces requins pour qui il se consume et gâche sa réputation politique et sa dignité historique.

« C’est vrai, - disent-ils - il aura droit à des obsèques d’un roi, mais il doit savoir que le lendemain de sa disparition ceux qui aujourd’hui sillonnent les rues des villes pour le réélire viendront cracher sur sa tombe car ils auront un nouveau dindon à farcir ou un maître à servir. Et son nom restera dans un coin d’une page noire de ce pauvre pays. »

« Mais – répond, lucide et désabusé, un autre - j’ai comme l’impression que ce rêve ne va pas se réaliser de suite (du moins pas cette fois ci). Les Algériens (la masse) ne sont pas assez mûrs (absence d’instruction, d’éducation et de civisme) ce que le pouvoir exploite pour assurer son existence. »

Il y a aussi ceux qui - pourtant conscients de la gravité d’une gouvernance sans alternance et de la nécessité de la combattre - ont peur de semer la pagaille non seulement dans la classe dirigeante mais dans les fondements mêmes de l’Etat et de la souveraineté nationale ; pour cela ils préconisent de gagner d’abord si non le soutien du moins la neutralité des gens du vrai pouvoir comme l’armée et rallier ensuite les masses « Je crois – dit l’un des leurs - s’il y’a des actions à prendre c’est de sensibiliser des gens d’abord au Tagarin pour qu’ils comprennent que le peuple ne les vomit pas, il a besoin de leur couverture, … »

 

Puisque là-haut on ne respecte pas la loi

Mais d’où est-ce que ces quidams tirent-ils ces observations, pertinentes ou pas, qui restent quand même dignes et légitimes ? De la classe politique et intellectuelle.

Cette classe accuse les détenteurs vrais du pouvoir en Algérie d’ « un refus obstiné de s’engager résolument dans l’Etat de droit » pour paraphraser le titre d’un éditorial du quotidien El Watan.

Sur les colonnes du même quotidien du 20-11-08,  Sid-Ahmed Ghozali observe « Malheureusement, la société est nécessairement façonnée par ses institutions. A partir du moment où ceux qui sont chargés de faire la loi et qui ont la responsabilité de veiller à son application ne le font pas, ce sont tous les éléments de la société, collectif ou individu, qui disent : puisque là-haut on ne respecte pas la loi, pourquoi nous, devons-nous la respecter ? »

Ghania Oukazi - sur le colonnes du Quotidien d’Oran du 20-11-08 - ne s’est pas contentée de dire la même chose avec les mêmes mots, mais elle a versé plutôt vers une ironie piquante qui sent le sarcasme : « Le pouvoir politique - dit-elle - (chez nous) s'est bien accommodé de responsables avec, comme seul bagage, le maniement de la flûte, l'encre du taleb et même un plateau de thé posé avec doigté sur la tête d'un danseur du ventre... » la brakah et les youyous, quoi !

Qui n’a pas recouru à l’image de berger, de superstitieux et de l’homme de folklore (Boussaadia, Aissaoua) pour décrire des personnes qui devraient être responsables mais qui agissent sans respect aucun pour la volonté et la dignité des citoyens ?

 « On entre dans une espèce de jungle - observe encore Sid-Ahmed Ghozali -, ce qui est exactement le contraire de la société civilisée qui, elle, est mue par des règles du jeu que tout le monde respecte. »

Ghania Oukazi enfonce encore la lame d’un cran en semant le doute et la mauvaise foi ou la gaffe politique de notre président qui est allé jusqu’à changer la constitution pour satisfaire la pulsion de gouverner encore pour quelque temps, elle écrit :

« L'on se demande pourquoi le Président se sent-il obligé d'amender sous le coup de l'urgence un texte aussi lourd en importance que la Constitution, quand on sait que la seule urgence exprimée bafoue en même temps la liberté du peuple de faire ses choix politiques, le prive de son droit de décision et désagrège le sens réel de la démocratie et de l'alternance au pouvoir. »

C’était en plein campagne présidentielle américaine et les grands espoirs encore incertains que Barak Hussein Obama promet non seulement à l’Amérique des States mais à toutes les nation de la planète. Les Algériens ont beau penser faire raisonner notre président en lui citant l’exemple de cette très, très grande nation qui pour rien au monde peut ou pense de renoncer à l’alternance…

« Dans la soirée de mardi, Barack Obama pourrait fort bien être proclamé successeur de G.W. Bush et confirmer cette tradition politique aux Etats-Unis qu'un président, aussi puissant fût-il, n'a pas la possibilité de briguer un 3e mandat. » Ali Babès - Quotidien d’Oran 4-11-08

Mais prêcher l’alternance politique est une chose ; autres choses encore sont les faits d’écouter ces prêches, de les comprendre et d’en partager les vertus. Etant donné que la légitimité révolutionnaire, socialiste, religieuse, idéologique sont désormais avariées et périmées, la nouvelle possibilité de légitimation du pouvoir reste l’alternance.

Oui l’alternance au pouvoir « est une façon – pour citer Ammar Koroghli, Quotidien d’Oran 06-11-08 - de conférer une assise durable aux institutions, de faire l’économie des dissensions et des guéguerres au sein des appareils d’Etat et au sein de la société en général… »

« L’aspiration à la démocratie - poursuit encore Koroghli -, conçue comme moyen de résolution de la question du pouvoir autrement que par la violence, ne peut tolérer longtemps l’étouffement des libertés publiques et du droit à l’expression… » l’Etat ne peut pas fonctionner sereinement et durer dans le temps s’il ne se met pas à « penser sérieusement au renouvellement de la classe politique menacée de gérontocratie, … garde-fous de nature à prévenir les risques certains de l’autoritarisme et de
l’arbitraire. »

« Le fonctionnement de l'Etat en Algérie – se plaint un autre dans le Quotidien d’Oran du 12-12-08, débat - n'obéit pas à la Constitution, et c'est pourquoi la dernière modification s'est déroulée dans l'indifférence des citoyens qui n'ont même pas été consultés. »

Alors que déjà à son époque Ibn Khaldoun notait que le gouvernement sans une constitution (avant le terme) ou avec une constitution non crédible c’est la jungle ! et l’on voit de nos jours avec quelle légèreté et quelle irresponsabilité légifère un autocrate et gouverne le pays !

Quant au parlement algérien, il y a ceux qui pensent (Benbitour El Watan du 23-11-08) qu’il n’a pas vraiment voté « mais il vient d’entériner les amendements apportés à la Constitution. Et cela, lors d’une session dont le règlement intérieur n’autorisait ni les débats, ni le scrutin secret, ni même la possibilité d’utiliser le point d’ordre. Cette méthode de mise au service du Parlement a commencé avec le recours à l’ordonnance. »

Le parlement en ce cas n’a pas joué le rôle de contre-pouvoir et « en l’absence de contre-pouvoir, personne ne vous empêchera de faire des erreurs. Dans un tel cas, la tentation de la facilité l’emportera sur la difficulté de la rigueur. C’est alors le droit chemin vers un Etat défaillant. Effectivement, la procédure de l’ordonnance a été utilisée dans des situations aussi ridicules que l’importation de la pomme de terre et dans des situations aussi graves que la révision de la Constitution. »

 

Des chimères et du vrai problème

Il est toujours utile de lire ces opinions. Quant à leur objectivité, il faudrait laisser faire à la propre capacité du lecteur de distinguer ce qu’il y a de pertinent et de sensé et ce qu’il y a de bête et de sot.  Car personne ne pourra aider le lecteur mieux que sa propre conscience et sa propre capacité de critiquer les discours qui lui viennent de l’Autre.

Pour le moment prions pour que nos journaux indépendants nous restent tels que nous les recevons aujourd’hui : ouverts, honnêtes et patients. Et s’ils doivent changer un jour (et ils changeront sûrement), que ce soit pour plus de liberté encore, de lucidité, de courage et d’ouverture.

Les dernières sorties médiatiques de Monsieur Benyelles nous ont offert un important corpus d’informations et d’hypothèses. A considérer les commentaires sur le bilan des deux mandats de M. Bouteflika, on a l’impression que cet homme - qui n’est pourtant qu’un homme, en plus « réduit à une vie végétative…d’un  état d’extrême épuisement… un septuagénaire à bout de souffle, gravement diminué physiquement » - soit le seul homme ; le seul qui doive et puisse faire des miracles !!

On oublie, ou l’on feint d’oublier, que le marasme de l’Algérie est immense car il est le fruit amer non seulement des siècles et de l’histoire mais il est fondamentalement la résultante des agissements et des bêtises de tous les Algériens. Il ne faut donc pas imputer la responsabilité de tout ce mal à une seule personne, ou alors on devrait lui reconnaître tous les mérites là où l’on peut diagnostiquer quelques saluts ou quelques gloires, si l’on a vraiment l’intention d’être juste et cohérent.

Oui, si nous adoptons cette attitude tordue, l’on ne fait que reconnaître à un simple mortel le caractère divin… et alors on ne fait que le servir sans s’en rendre compte.

Une autre chimère est que les auteurs de ce genre de commentaires tendent à nous faire croire que si nous changeons le président, on arrive ipso facto à sortir l’Algérie de son marasme. Il n’y a pas de plus superficiel et de plus faux que de croire en ces chimères car le progrès - ou le Développement - est une entreprise collective et surtout séculaire pour ne pas dire millénaire.

Une troisième chimère, tactique cette autre, est que tirer des boulets de ce calibre sur une personne si fragile et fragilisée par la maladie, l’age et l’isolement que lui réserve une bonne partie de son peuple, me semble une accusation démesurée et infondée donc ; c’est une attitude démesurée car elle ne suscite paradoxalement que sympathie et envie de prendre la défense de notre proie vilipendée et de lui rendre justice.

L’Algérien doit comprendre que le problème que nous a posé M. Bouteflika n’est pas celui d’être vieux et malade, ni d’avoir mal géré une hydre historique comme le sous-développement. Non ce n’est pas ça : le problème que nous a posé est celui d’avoir arrêté, par l’amendement de l’article 74 de notre constitution (sans avoir consulté à ce sujet tous les citoyens par un referendum), le processus de démocratie en Algérie.

Le vrai problème et le seul pour lequel on doit critiquer objectivement et légitimement donc notre président actuel est d’avoir abrogé l’article 74 de notre constitution et porté par là même atteinte à la souveraineté du peuple et à son aspiration à la liberté politique. Ce qui constitue un acte très grave en ce début du XXI° siècle.

Quant à l’appel au boycott, par M. Benyelles particulièrement, c’est une bonne perspective car elle est légitime, mais je ne pense pas qu’elle ait un exit sûr et pertinent, à moins que les Algériens y adhèrent par millions, ce qui est peu probable. D’où il faut garder un peu les pieds à terre et œuvrer pour une participation au vote, en toute liberté, pour les candidats que les citoyens jugent porteurs de promesses de justice sociale et de démocratie. M. Bouteflika serait sanctionné auquel cas par les résultats obtenus, à condition que les Algériens, tout en votant, aient présent à l’esprit l’alternance politique comme une condition sine qua non de la démocratie et de la dignité citoyenne donc.

En ce qui concerne des recommandations comme celles-ci « Il faut suspendre la Constitution et les partis politiques, dissoudre le Parlement, remettre le pouvoir à un gouvernement de transition qui aura pour tâche, dans les six à douze mois de son mandat, de gérer les affaires courantes et de mettre sur pied un Conseil national pour l’instauration de la démocratie (CNID)… » personnellement je les trouve politiquement contre-productives : bien au contraire elles ne font que convaincre ceux qui sont sceptiques et les gagner au camp de Bouteflika à moins que M. Benyelles soit un homme qui travaille pour Bouteflika et son camp.

 

Nous sommes faits pour parler

« Les Constitutions successives que notre peuple s’est souverainement octroyées depuis le recouvrement de son indépendance, ont, à chaque fois, eu pour objectif fondamental une organisation de l’Etat répondant aux enjeux du moment et au stade atteint par notre pays dans la construction de son système démocratique, après une longue lutte pour restaurer l’Etat algérien indépendant et des efforts intenses pour jeter les fondements de la construction nationale, puis, plus récemment, à la lumière des leçons d’une douloureuse tragédie nationale » a relevé le Chef de l’Etat lors de la réunion du Conseil des ministres le 03-11-08

Ce qu’il dit, semble vrai et légitime, mais attention : il y a un leurre quand il nous donne à croire que l’alternance fait partie de ces dysfonctionnements qui sont dus à l’action corrosive du temps qui rend obsolètes toutes nos œuvres et nos actions et nous oblige à toujours créer de nouvelles solutions et chercher de nouvelles adaptations.

C’est vers l’alternance qu’on doit aller et non vers la dictature et le despotisme moyenâgeux ou vers la monarchie moyen-orientale.

Certes les constitutions ne doivent pas être des Iliades, des Bibles ou des Corans, mais personne ne devrait avoir le droit de les reporter en arrière. Si changement se doit, il doit être vers le mieux et l’original, pas vers l’archaïque et le périmé.

Ce qu’il nous a demandé de faire M. Bouteflika et son camp c’est de régresser simplement sans scandale vers l’exécrable despotisme oriental, vers la lâche culture de la soumission, vers la peur, vers les ténèbres de la superstition, vers le mortel culte des mortels, vers le fatalisme, vers la mort politique et morale.

Mais le président actuel est-il conscient de la gravité de son acte ? En connaît-il les conséquences et les retombées ? Et, surtout, pourquoi, lui, l’homme vraiment cultivé, fin politique, digne révolutionnaire, historique, très intelligent, élégant, appartenant à notre époque par excellence, moderne, grand diplomate et deux fois président du délicieux pays… pourquoi se laisse-t-il abaisser jusqu’à fouler des pieds les lois du pays qu’il gouverne ? Pourquoi a-t-il agi de cette sorte ?

Pour le pouvoir ? Mais un homme comme lui, n’a pas besoin de pouvoir, c’est le pouvoir qui a besoin de lui ! Par quelle faiblesse a-t-il péché ? A-t-il l’orgueil entêté de voir l’Algérie décoller de ses mains propres ? Mais, intelligent comme il est, ne sait-il pas que les grandes nations se construisent leurs grands moments et leur age d’or longtemps après la mort de leurs promoteurs et protagonistes ?

Ce n’est qu’après leur mort – longtemps après que le feu de leur vie s’éteint – qu’on commence à rechercher les cendres des grands hommes et ce n’est qu’après cela qu’on vient de découvrir et connaître un Roosevelt ou un Boudiaf.

Et puis quelque soit les réalisations que l’Algérie pourrait avoir durant cet éventuel troisième mandat, elles ne seront jamais différentes en quantité ou en qualités de celles des deux défunts mandats ! Comme on dit chez nous  اللّي ما يشبع من القصعة ما يشبع من كراطها    .

Alors ? Faut-il comprendre par cette attitude et cet acte absurdes une forme de résister à l’alternance, d’y être allergique ? Est-ce tout simplement abuser de la confiance des citoyens et de leur indulgence ; attitudes qui ne devraient point rimer avec ignorance ou impuissance ? Est-ce de l’opportunisme ou pire encore de l’indifférence ? Est-ce une forme de rétorsion punitive de cette absence constatée de l’adhésion citoyenne aux affaires de l’Etat, de ce divorce entre le gouverné et le gouvernant ?

Je comprends ce grain d’innationalisme un peu khaldounien, cette apparente absence de l’intérêt pour la chose publique chez nos concitoyens ; mais un compte est solliciter leur indulgence (ou leur semblant d’indifférence), un autre est bafouer les lois (lesquelles sont certes le produit des hommes mais elles transcendent ces mêmes hommes) et alors c’est la jungle ! Et dans ce cas il convient d’adopter la loi fondamentale des habitants de la jungle : ne plus parler.

Le problème c’est que nous sommes faits pour parler…

Alors moi je parle et dis :

Non à cette mort constatée de notre dignité citoyenne !

Honte à la servilité de nos irresponsables de députés !

Non au 3° mandat !

Disons-le, chers citoyens, et nous verrons combien est belle la liberté et combien est belle la dignité. Vive la liberté, vive la dignité !                     à suivre

 

Smari Abdelmalek

 

 

Par Smari - Publié dans : rencontres algériennes - Communauté : Points d'appui
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