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Samedi 10 mai 2008

« Celui qui n’a pas le capital nécessaire à une entreprise,

 a rarement l’expérience et la capacité voulues pour y

réussir. N’exposant pas ses propres ressources, ne

comptant pas seulement sur lui-même, il est rare

d’ailleurs qu’il montre cette ardeur, cette ténacité,

cette intelligence, qui font fructifier le capital, quelquefois

le remplacent, mais dont le capital ne tient jamais lieu. »

Alexis de Tocqueville « Sur l’Algérie »

GF Flammarion, Paris 2003

 

 

La découverte de l’eau chaude

Il semble un peu ridicule en ce début du XXI° siècle de disserter encore sur la nécessité de payer les taxes et le rôle que cette participation civique joue dans la construction et la préservation d’un pays. En fait il est scandaleusement rétro d’écrire de cette matière connue, banale, débattue et rabâché ad nauseam. Cependant, quoi qu’il en soit, il n’en est pas assez - et le serait-il jamais ? - chez homo berbericus.

Pour ce dernier, cette découverte de l’eau chaude garde encore toute la force et toute la fascination des origines. Elle est valable chez lui car encore fraîche et candide dans un pays en léthargie pérenne, semble-t-il, comme l’Algérie.

Ce qu’il faut faire comprendre à nos concitoyens, pour mieux les convaincre, c’est l’importance des impôts dans une société qui veut bien travailler pour assurer aux Citoyens toutes les nécessités et tous les droits qui leur reviennent. En outre doivent-ils savoir que les impôts servent à dynamiser l’économie en incitant à la production, à la consommation et à la prospérité donc.

Justement, si l’on ne se sent aucunement contraint à rendre compte de ce qu’on fait de nos avoirs, on court directement vers l’anarchie et le suicide social. Si les richesses que la population active produit  ne viennent pas organisées et coordonnées socialement ; si l’on ne partage pas avec équité les droits et les devoirs, comment peut-on bouger, travailler et produire ? Il revient de droit (un droit incontestable) à l’Etat de contrôler le cours de ces activités, l’utilité de ces richesses et leur distribution.

En fait ces richesses que la base produit et garantit sont notre force de travail, nos moyens et outils, notre capital, nos besoins matériels et nos nécessités spirituelles, notre devoir de solidarité qu’il ne faut pas confondre avec la charité. Il appartient à l’Etat de les gérer et il doit être le seul à les gérer directement ou en déléguant d’autres organismes ou institutions à les gérer.

Cette action de l’Etat, il ne faut surtout pas la confondre avec le racket, quand les taxes par exemple viennent prélever.

Ceci n’incite pas le Citoyen à démissionner de son rôle organique de contribuer avec liberté et lucidité dans le fonctionnement de l’Etat : tout en obtempérant aux lois, il les doit examiner avec une critique objective, il doit en signaler les dysfonctionnements et promouvoir – selon ses moyens et ses compétences - la culture citoyenne. Ce qu’il faut contrôler ou ce que le Citoyen doit avoir sous contrôle c’est la justice dans le prélèvement et dans la distribution. Je parle toujours des impôts.

Ces richesses de base nous servent de point d’appui pour soulever le fardeau de l’existence et de ses exigences morales et temporelles : produire, se reproduire et investire pour créer d’autres richesses qui servent à d’autres richesses encore qui seront la base ultérieure pour d’autres départs et d’autres parcours.

Ce mouvement donne l’idée que l’économie et la société vivent réellement et jouissent de la vie. N’est-ce pas ce genre de réalisation et d’exploits qu’on peut appeler gagner son pain dans la dignité sans attendre l’aumône  de l’autre et ses chantages.

Taxer par exemple le foncier c’est responsabiliser le propriétaire, c’est non seulement le porter à fruiter ses terres et ses propriétés et à être indépendant donc, mais c’est le contraindre aussi à le faire surtout pour son bien propre.

Que gagne la société - l’Etat n’étant que le pouvoir incarné et objectivè de cette société - ? Que cherche-t-elle sinon garantire l’autonomie de ses propres individus, la propreté de l’environnement, la sécurité, l’ordre, la santé, l’éducation, la justice, la prospérité et le respect de chacun pour les droits propres et les droits de l’autre ? N’est-ce pas ce qu’on appelle Dignité ?

 

De la vraie aide et de la ruine

Nos amis qui ont déjà abouti à cette condition de vie, certes pas encore béate mais complètement et durablement désormais décente, peuvent nous aider en nous expliquant les bienfaits de ce genre d’engagement noble pour ce genre de causes nobles. Ils doivent nous apprendre à voir dans le paiement des impôts rien d’autre que la participation libre des Citoyens au bien être commun, c’est à dire au bien être de chacun. Nos amis, hélas ont désespéré (déjà ?) ou ne veulent-ils point nous voir civils, décents, honnêtes, autonomes et prospères ?

D’ailleurs ils ne sont pas obligés de nous aider, mais puisqu’ils y tiennent, puisqu’ils se proposent librement et volontiers à nous aider - à chaque occasion, à chaque manifestation, à chaque foire ou carnaval de piétisme et de philanthropisme -, qu’ils nous pardonnent alors l’audace de leur dire comment il convient de nous aider et nous porter secours. En contrepartie, nous les aiderions à apaiser leurs consciences malades de charité et avides de paternalisme.

Si par contre ils tiennent à le faire à leur manière, contre notre gré : en nous pleurnichant et en nous concédant quelques miettes (semblables au vers qui couvre la pointe de l’hameçon), alors il nous serait loisible de les accuser de faire tout leur possible pour nous enfoncer davantage dans notre médiocrité. La médiocrité d’une vie sociale qui n’est qu’égoïsme et mesquinerie et qui ne fait que nous consolider, en somme, dans une condition de gibier facile et durable.

Il parait que c’est dans leur intention de nous avilir. Autrement pourquoi donnent-ils raison aux rumeurs, infondées d’ailleurs, sur la présumée corruption de nos gouvernants, incitant par là les ignorants aliénés parmi nos concitoyens à voir dans notre Etat légitimissime (comme le sont les Etats anglais et français en Angleterre et en France) une espèce de corps étranger à l’Algérie et à son peuple, un cancer à extirper ; et les invitant à ne pas payer les taxes, puisque de toutes façon celles-ci finiraient inéluctablement dans les poches de ces corrompus de gouvernants ?!

Savent-ils, ces piétistes paternalistes, que déjà de par leur nature historique, leur pratique politique et leurs diverses ignorances aussi, nos concitoyens sont peu enclins au civisme et ne cherchent que le moindre prétexte pour retourner d’où ils étaient venus : les marécages de l’égoïsme et de la barbarie ? malheureusement !

Comme si tout ce marasme à lui seul ne suffisait pas à ternir la vie et l’image de l’Algérien et de l’Algérie « … en matière de fiscalité, - écrit El Watan du 06-02-08 - l’Algérie est classée au l57e rang parmi les pays ayant le régime fiscale des plus complexes. » De temps en temps nos journaux se révèlent capables de la vraie critique objective, quel bonheur !

 

Entre la main et la tanière

Les experts piétistes font courir la voix que « L’Algérie dorme sur des milliards, mais le peuple se meurent dans la misère ! » La mal-gouvernance et la corruption sont deux habits de l’infâme spécialement confectionnés par ces philanthropes pour habiller l’Etat algérien et ses dirigeants.

Mais nos concitoyens, qui malheureusement se montrent dupes, ne sont pas si niais que ça : seulement ils ne veulent pas voir au-delà de leur propre nez. Ils ne veulent pas lâcher ce qu’ils ont dans la main pour poursuivre ce qu’il y a dans la tanière. Et c’est un penchant naturel que de tendre à se caresser la nature égoïste que nous avons, chacun au plus profond de soi, en cherchant à nous justifier et à nous légitimer. Entre-temps nos amis, pleurnichards de nos sorts, continuent à nous aveugler en nous enfonçant chaque jour davantage dans cet horrible et destructeur égoïsme.

Et aux Algériens, mes concitoyens, ou à ceux qui, parmi eux, m’objectent justement et légitimement qu’il y a encore des gens honnêtes (et modestes pour cette même raison) qui paient inexorablement leurs impôts… je dis : certes qu’il y’en a. Et gare s’il n’en était pas ainsi ; ou comme disent les Italiens : Ci mancherebbe !

Mais essayons d’examiner qui sont ces gens et d’où ils tirent leur salaire et surtout comment ils s’acquittent généralement de ce noble devoir civique. Sont-ils vraiment producteurs de richesses, à part les travailleurs de la Sonatrach et des mines ?

Tendanciellement il n’y a que les travailleurs étatiques et ceux du secteur public qui paient leurs impôts. Ici encore il faut mettre des réserves : l’Etat a fait en sorte que tels pourcentages ne tombent jamais dans les mains du salarié, autrement celui-ci le dévorerait en cinq sec.

Bien sûr, le génie des hommes c’est aussi la malhonnêteté : ceux, parmi les Algériens, qui croient aux larmes des piétistes ne cessent pas de penser à des systèmes et des trucs pour évader ou récupérer, en le gonflant, ce que l’Etat leur a enlevé et ce via la rachoua-bakhchiche, la mendicité, l’escroquerie, le mensonge, les pleurnichements, le vol… et que sais-je encore ?

Essayons d’examiner en outre, les revenus du pays, ses ressources et ses dépenses et où ces dernières, surtout, vont finir. Ces milliards finissent dans des investissements, pas encore en état de produire, qui à partir déjà de la conception ne s’arrêtent pas de dévorer de l’argent public. Et ça continue ainsi jusqu’à la fin des projets.

S’il en était vraiment ainsi, nous devrions nous estimer heureux, mais le problème c’est que nos réalisations ne sont jamais terminées. Elles sont toujours à l’état de projet. Elles ne mûrissent jamais et ne portent concrètement aucun fruit. Des causes, il y’en a : retards, pléthore des travailleurs, incompétences dans la gestion moderne des chantiers, réparation et maintenance coûteuses et mal assurées, non qualification des travailleurs, des techniciens, des dirigeants.

Il faut ajouter à ça d’autres données importantes qui, bien que subtiles, restent non maîtrisées encore :  absence non seulement de la culture du marketing - nouvelle épine dorsale de la réussite économique - mais des gens qualifiés aussi, l’aliénation des soi-disant consommateurs (qui devraient être lucides et contribuer en consommant plutôt local tout en exigeant de la qualité et de la conformité des prix), la concurrence agressive des fauves de l’économie moderne, efficiente et expansive !

Ajoutons à ça l’absence (si l’on peut ajouter ou additionner l’absence ou le nul. Mais les réalités qui entraînent des conséquences concrètes et redoutables ne seront jamais nulles) de la conscience morale et historique de toutes les mailles de cette chaîne de soi-disant production.

 

C’est moi votre dieu le plus grand ! ou de la propriété et du vol

Il n’y a pas de propriété qui dure, donc il n’y a pas de propriété absolue. « Ius utendi et abutendi » ou le droit d’user et d’abuser est une chimère inventée par la tyrannie et la barbarie caractéristiques de l’enfance de l’humanité.

Cette dernière, depuis, a grandi et elle a désormais envahi les abysses du ciel et de la terre. Pour ce qui nous regarde, comme d’habitude, nous sommes encore à la traîne. L’Algérien procède inconsciemment de cet état de choses erroné, ou du moins en a-t-on l’impression.

Peut-être parce qu’on n’a jamais réussi à faire comprendre aux gens « civiquement » que le fait de posséder n’est en réalité que le droit d’utiliser cette propriété. Je dis civiquement, car du point de vue religieux, l’on n’a jamais cessé de nous marteler les tympans avec la présumée idée que dieu met à la preuve ses sujets, le riche par sa richesse, le pauvre par sa misère, le malade par sa douleur…

Cet état d’esprit a développé chez nous une attitude mystificatrice car elle protège le privilégié social de la corvée de rendre compte aux démunis, souvent, spoliés par ses soins ; et superstitieuse car elle donne l’idée que le misérable y trouve sa consolation.

Religieusement, les uns et les autres se laissent berner en pensant de tromper dieu et les lois morales et civiques de la Cité. Mais c’est leurs propres personnes qu’ils trahissent et qu’ils trompent.

Quant à dieu, curieusement, il se manifeste et sévit souvent seulement dans et par le regard inquisiteur et justicier de l’autre, notre pareil et semblable. Ainsi, quand nous ne réussissons pas à camoufler bien comme il faut notre part de responsabilité dans le cours de nos sorts, nos erreurs, nos trahisons de dieu et de nous-mêmes… c’est toujours dieu le responsable ou l’autre.

Jouir d’un droit si important et si tranchant comme celui de la propriété est conditionné par le fait de rendre compte à la communauté représentée par le groupe ou l’Etat. C’est un devoir de conscience que la communauté laisse à la magnanimité du propriétaire, et c’est au même temps un droit inaliénable de la communauté - en vertu du droit et du pouvoir qu’elle a sur l’individu - de concéder à ce propriétaire et de le charger de gérer les ressources de subsistance, qui sont fondamentalement communes aux hommes et autres êtres vivants.

La propriété telle qu’elle est entendue communément n’est pas naturelle : elle est seulement culturelle. Elle est donc sujet aux alternances et aux mutations. Nous avons discipliné les besoins naturels comme la nourriture, la sexualité et la sécurité… figurons-nous la propriété.

Celle-ci flatte notre amour-propre en nous donnant l’impression illusoire, l’hallucination, le délire de posséder comme un dieu et de satisfaire ce grain d’arrogance qui gonfle notre cœur, ce « C’est moi votre dieu le plus grand. » Une sorte de « J’ai, donc je suis le dieu de ce que j’ai. » Cette arrogance et cette prétention envahissent jusqu’aux sphères les plus misérables des malheureux, des vaincus, de perdants dans le tumulte de la vie et de tous les damnés de la terre.

Bref le fait de posséder n’est que la détention de l’exclusivité d’exploiter une ressource donnée pour générer l’ordre dans le chaos des choses, pour déterminer qui est responsable d’un tel bien et à qui la société doit-elle s’adresser pour avoir des comptes sur la gestion des biens qui - quoi qu’on en dise - sont seulement et seulement communs. Bien entendu, ces biens communs sont non seulement à répartir entre les membres de la communauté mais aussi à étendre aux autres règnes de la vie.

Je dis ça, mais je ne vais pas jusqu’à demander à qui possède un lopin de terre de devoir le partager charitablement avec un autre, non ! Seulement, j’entends par ça qu’il doit l’exploiter et qu’il doit payer honorablement le prix pour ce privilège ou mieux cette charge ou responsabilité.

En quoi consiste ce prix ? Payer les impôts ou les taxes, que la pratique politique universelle s’est inventé pour garantir la prospérité de la vie et des vivants, la paix et le bonheur de tous. Il faut donc considérer légitime la propriété privée seulement en fonction du bon usage qu’on en fait.

Il faut en outre considérer la précarité existentielle du propriétaire qui en tout droit il peut être spolié de ses propres biens tranquillement parfois même avec joie : maladie, dépression ou folie, ruine, mort, donation, vente symbolique. La propriété n’est pas un organe, elle ne peut être qu’un simple habit voué à l’usure du temps et des éléments.

Le comble est que, chez nous, nos rapaces et parasites locaux ont tourné les yeux vers la soi-disant manne du pétrole et ne cessent de la lorgner, de louvoyer, de calculer pour la prendre d’assaut. Leurs velléités, les exprime cet acharnement à voir dans nos gouvernants rien d’autres qu’une bande de brigands.

Ces velléités sont la projection de leurs propres désirs. Qu’ils aillent se faire analyser !

 

La cruauté efficiente ou quand M. de Tocqueville peut encore servir l’Algérie

« Ayant ainsi créer un propriétaire certain et une propriété qui peut s’aliéner, déclarer que si, dans un délai qu’on indique, le possesseur reconnu ne met pas sa terre en culture, cette terre tombera dans le domaine de l’Etat qui s’en emparera en remboursant le prix d’achat. » Sur l’Algérie p. 136

Notons au passage que, chez Tocqueville, l’origine de la propriété coloniale est le fruit :

-         du droit de conquête ;

-         de l’achat volontaire ;

-         de l’expropriation forcée.

Mais même si ces mots servaient en leur temps à mettre en place le redoutable système d’oppression et d’injustice : le colonialisme ; et même s’ils ont pu servir cet abominable système criminel, ne pourrait-on pas nous en servir pour fonder un système, cette fois, légitime car il cherche à instaurer la justice, la liberté et la prospérité matérielle et spirituelle ?

J’entend par l’expression « ces mots » : créer de l’ordre. « Les hommes – dit encore ce grand théoricien du colonialisme – se soumettent quelques fois à la honte, à la tyrannie, à la conquête, mais ils ne souffrent jamais longtemps l’anarchie. » idem p. 47

De par sa logicité et sa rationalité, un tel procédé est catégoriquement efficace car il conduit avec assurance les hommes en les renseignant, grâce à la lumière de la raison, sur leurs propres actes et il leur permet de rectifier le tir, de soigner les dysfonctionnements, de persévérer dans leurs actions, de reconsidérer les conceptions, les méthodes, les objectifs et les moyens de leurs entreprises. Un tel procédé les aide à être maîtres de leur labeur, de leur organisation, des fruits de leurs efforts et de leur destin donc.

Si de Tocqueville cherchait à gérer l’illégalité avec efficience, pourquoi échoue-t-on à le faire si on est en plein dans la légalité ? « Imposez – dit-il – si vous voulez des obligations fort étroites, mais qu’elles ne varient point suivant vos caprices. Voilà la tache de l’Administration. » idem p. 141

Puisque nous y sommes, laissons-nous guider par la sagesse, même cruelle, de M. de Tocqueville. Qu’est-ce qui fait mouvoir les Etats ? - se demande-t-il - les seuls intérêts économico-matériels ? oui mais seulement pour l’honneur : « Mais si la France reculait devant une entreprise (la colonisation) où elle n’a devant elle que les difficultés naturelles du pays et l’opposition des petites tribus barbares qui l’habitent, elle paraîtrait aux yeux du Monde plier sous sa propre impuissance et succomber par son défaut de cœur. » idem p. 97

Ainsi en vertu de ces conseils et de ce procès rigoureux et suivant la logique infernale qui les sous-tendent, la propriété foncière des colons était arrivée à presque 8 millions d’hectares. Mais s’agit-il d’une vraie propriété ou d’un titre temporaire de propriété ? De Tocqueville ajoute, p. 161 « … l’obscurité et l’instabilité de la loi étant la pire de toutes les misères sociales. »

Pour conclure cette partie, disons que la richesse du pays repose sur la division des tâches entre les Citoyens. Il ne faut pas oublier que ceux qui se trouvent à la barre de commande dans l’Etat, sont eux aussi des Citoyens. Eux aussi paient et doivent payer les taxes.

Ceci, étant précisé, nous disons que l’Etat se charge des travaux et des services qui se rapportent à des intérêts collectifs comme à titre d’exemple l’ordre, les communications, la sécurité, l’instruction, la santé, la coordination et la programmation stratégiques. Quant aux communs des Citoyens, ils sont responsables des travaux qui ont un caractère individuel et privé.

Dans les deux cas, ces tâches requièrent d’abord les bras et les méninges, ensuite un minimum de capital, du respect de l’ordre, la participation par le paiement des taxes, par le suivi de la gestion de la chose publique, non pour dénigrer, non pas pour accuser (de ça se chargera la Justice ; et notre acte civique et noble s’arrête avec la dénonciation…) ou vexer les autres mais pour contribuer à la création des richesses sociales et de la dignité des Citoyens.

A suivre

Smari Abdelmalek

 

par Smari publié dans : rencontres algériennes
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Samedi 19 avril 2008

Charitas urget de l'un des Messieurs les experts internationaux
Il n'y a pas que les gouvernants algériens qui endurent ce genre de calvaire et il n'y pas que les journalistes algériens qui le leur font subir : il y a aussi, parmi les compagnons du calvaire, le monde arabe entier et l'Afrique aussi dans toute sa longueur et sa largesse ; il y a aussi d'autres journalistes et d'autres journaux encore qui s'en mêlent et y foutent le nez mais avec la différence que cette fois le donneur de leçons est un expert international qui sait parler de la grande délinquance financière des chefs de Etats africains !
In « Le patrimoine des chefs d'Etat africains en France » article paru au monde du 31-01-08 , l'auteur dit « C'est un monde enchanté où l'on vogue d'une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l'Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d'euros. Un microcosme constellé d'une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes? Rois du pétrole saoudiens? Stars d'Hollywood ? Non : chefs d'Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète. » ... des brigands en somme ! (c'est moi qui l'ajoute.)
Notez d'abord la présence des rudes mots péjoratifs réservés aux Russes et aux Saoudiens d'une part et le doux et sublime qualificatif en anglo-saxon, le mot Stars, que le journaliste réserve d'autre part aux habitants d'un Olympe pur et intègre appelé Hollywood. Utiliser le qualificatif « homme d'affaire » ou « homme riche » pour le Russe, semble un blasphème et un tabou que le journaliste du monde ne peut en aucun cas et jamais transgresser ! surtout pas ça ! Quant aux Saoudiens, s'ils sont rois, ils le sont seulement grâce au pétrole. Autrement ils ne sont que des méchants bédouins.
Voir les avoirs de l'un de ces présidents délinquants et les comparer avec ceux d'un avocat milanais par exemple, n'est pas dans mes modestes capacités et ne peut rentrer dans le champs de mes compétences ; mais le Net peut nous parler des avoirs d'un Bernard Tapie ou d'un Berlusconi. Les richesses des présidents africains, de leurs fils, de leurs femmes, de leurs proches et de tous leurs ancêtres entassés les uns sur les autres, ne peuvent égaler la fortune de ces deux seuls oligarques/riches hommes de France ou d'Italie. Tout ce que peuvent avoir ces pauvres présidents africains serait de l'argent de poche pour un Tapie ou un Berlusconi.
L'auteur du monde, mu par l'exécrable règle charitas urget, poursuit imperturbable « Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l'immobilier en France, qu'ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n'est pas une révélation. Mais, cette fois, l'inventaire de ce patrimoine vertigineux n'est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la "Françafrique". Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). »
Ces trois grandissimes Oligarques ne sont point chefs d'Etat et encore moins Africains, Russes ou Saoudiens, ils sont des vulgaires délinquants.
Si l'on donne pour argent comptant que nos journalistes sont des arrivistes ou des apprentis intellectuels, comment explique-t-on l'incohérence de M. l'expert international qui a compromis une institution journalistique prestigieuse comme le Monde ? Mystification ? Mépris ? Certainement mais aussi Ignorance et surtout Malhonnêteté.
« Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M.Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété "est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d'une piscine", précise le procès-verbal. "Un chef d'Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier et qui a des revenus officiels importants, peut économiser suffisamment d'argent pour acheter plusieurs appartements à Paris, explique Me François Meyer, avocat d'Omar Bongo et de sa famille. Surtout avec les prix très bas de l'immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans." »
Quelle précision... de névrotique ! Quels efforts bêtes et inutiles que de vouloir démontrer ce que n'existe que dans l'imagination !
Voyez où réside la partialité et la mystification : l'auteur de l'article ne conteste pas ce démenti ou du moins ne l'explique pas. Au contraire il va de l'avant dans ses bêtises inquisitrices sans se soucier de la dignité du lecteur. L'impératif catégorique auquel il obéit, d'une manière pavlovienne, est de consolider le cliché de la corruptibilité innée, seconde-naturelle, des responsables des pays tiers-mondains, du continent noir en l'occurrence !
Pourquoi devrait-il se soucier de la réputation ou de la moralité de l'Africain ? L'écrivain du Monde a le privilège d'exprimer sensunicalement ses mensonges et ses présomptions, d'accuser impunément les Faibles de parole, de s'essuyer les semelles à leur dignité comme l'on se les essuie à une serpillière. Il sait très bien, l'auteur, que sa parole ne peut pas être déniée ni démentie, ni par ses confrères complices ni par les accusés qui sûrement n'ont pas les moyens de contre informer ni d'ailleurs assez de temps ni d'énergie à perdre inutilement pour donner de l'importance à de telles chienneries et à de tels aboiements.

Qui sont ces parias donc ?
Et puis qui sont ces parias qui sont mis au pilori, ces humiliés de la sorte, car il s'agit ici de l'intention de nuire par l'humiliation, de confirmer le destin injecté intra cutanément à l'Africain qui, même s'il est président de la République, ne pourrait ni devrait être honnête, respecté donc et respectable ? Qui sont ces parias donc ? Les voici : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l'Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang.
Allez fouiller ensuite dans la vie publique et professionnelle de ces dirigeants (personnes braves et meilleures d'ailleurs que leur envieux détracteur-inquisiteur, l'auteur d'une telle ineptie), vous trouverez des personnes qui se meurent de peines et d'efforts pour servir, à leur manière et sincèrement donc, leurs pays et leurs peuples respectifs ; comme le font d'ailleurs Berloscuni, Sarkosy, Merkel et, quoi qu'en puisse dire, Bush ou El Maliki.
Les dirigeants africains peuvent se tromper aussi, comme tous les humains qui acceptent et assument les grandes responsabilités publiques, en servant leurs peuples et leurs pays. On peut critiquer leurs politiques, leurs méthodes ou leurs compétences ou incompétences mais on n'a pas le droit de les juger à partir de leurs intentions ou de leur volonté, bonne ou mauvaise, de servir leurs peuples.
Allez fouiller aussi dans certains cercles de l'idéologie à laquelle appartient l'auteur de cette injustice, M. l'expert international (ou, si vous voulez, M. Charitas Urget), vous trouverez des deux choses l'une : ou bien il veut les faire chanter pour leur demander quelques miettes de ces soi-disant empires alléchants, ces richesses faramineuses qui sont à portée de la main de ces primitifs mais si loin de sa portée à lui, lui, le civilisé ; ou bien ces braves responsables, honnêtes et loyaux envers leurs peuples et leur principes de liberté et de dignité, ont répondu Niet à quelques sollicitations reçues de la part des rapaces qui peuplent les cercles idéologiques auxquels l'auteur, M. Philippe Bernard, adhère ou voudrait bien adhérer et faire partie.
Quelque cohérence, cependant, ce M. Charitas Urget, il l'a : il ne faille pas à sa moralité de Citoyen français. En fait ces discours de teneur diabolisante ont pour fonction de jeter de l'ombre sur les défauts que peuvent bien avoir les Français pour en exalter les qualités. Le fait de dire que les chefs d'Etat africains investissent en France est la preuve et le témoignage de la stabilité de ce pays pour les investisseurs. Pays sûr où les droits de propriété sont garantis, où les droits de l'homme sont garantis, où même les présumés délinquants ont la chance de posséder des biens en tout respect et toute discrétion.
Voyez comme il traite bien l'image de la France, M. Philippe Bernard. L'on dirait que la France avait besoin, pour paraître grande, de s'appuyer sur les inflexibles Damnés de la terre ou qu'elle se sentait si petite qu'elle devrait rapetisser ces Africains, pourtant nains et misérables, en leur écrasant l'échine et les épaules afin d'émerger haute et grande.
Pas satisfait de se comporter de la sorte, d'insulter ces Africains à partir de son pays, l'auteur propose d'aller les insulter chez eux, dans leur maison africaine, avec tous leurs peuples et en présence de ces mêmes peuples ! Malheureusement pour lui, il existe encore des freins de décence, des gens sensés, des limites souveraines et surtout des Africains avertis, qui se défendent bien tout en restant indulgents envers leurs mortifères de bourreaux.
Malheureusement pour lui, il existe encore des Africains assez intelligents pour se laisser accrocher à ce genre d'indiscrétions stupides et à ces aboiements épistémologiques comme émis par quelques chiens ennuyés, perdus et ne sachant plus quoi faire de leurs gueules.
Malheureusement pour lui, il existe une immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d'Etat en exercice et que des régimes africains bénéficient du soutien indéfectible de Paris.
Autrement, « Il faudrait - dit encore Philippe Bernard, auteur de l'article en question - enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. »

De la soi-disant corruption de nos gouvernants
« Il a été détrôné par Warren Buffett - titrait El watan 10-03-08 et ajoutait en sous-titre - Bill Gates n'est plus l'homme le plus riche de la planète » Notre Samir Ben Djafar, le journaliste d'El WAtan, explicitant le titre continue « Après un règne sans partage de 13 ans, le fondateur de Microsoft a perdu sa couronne d'homme le plus riche de la planète au profit de l'investisseur américain Warren Buffett, selon le classement établi par le magazine économique américain Forbes.
Forbes explique sur son site Internet que le « gourou » de la finance à la tête de sa holding Berkshire Hathaway a vu sa fortune enfler et atteindre 62 milliards de dollars (...) Avec une fortune estimée à 58 milliards de dollars (37,9 milliards d'euros), la dégringolade de Bill Gates est rude, puisqu'il doit se contenter de la troisième place, la deuxième étant désormais occupée par le magnat mexicain des télécoms Carlos Slim Helu qui a vu sa fortune passer de 49 à 60 milliards de dollars (39,2 milliards d'euros) depuis mars 2007. Le quatrième de cette liste est l'homme d'affaires indien Lakshmi Mittal dont la fortune est estimée à 45 milliards de dollars (29,4 milliards d'euros). » ouf !
Interrogeons un peu ces longs chiffres : que représentent-ils ? Il nous disent tout simplement qu'en 2007 la fortune de deux Américains, Warren Buffett avec Bill Gates, a dépassé de 10 milliards de dollars lesdites sommes faramineuses qui ont été encaissées par l'Etat algérien à l'issue de la même année. Hélas nos journalistes, qui pourtant publient ce genre d'informations, semblent insensibles devant une incohérence flagrante, la leur. N'ont-ils pas encore acquis la capacité de synthèse, étant restés à la phase anal-ytique ? Ou bien sont-ils tout simplement fainéants et attendent que quelqu'un d'autre synthétise à leur place ? Pourtant ils donnent à croire qu'ils sont plus actifs et plus intelligents que Bouteflika et tous les chefs d'Etat africains réunis !
Que veulent-ils au juste, nos journalistes et nos gargotiers, leurs protégés ? Sont-ils plus malins ou plus efficients que nos gouvernants ? Si c'est ça, pourquoi ne mettent-ils pas les mains à la pâte pour corriger et redresser les torts de l'Etat et des hommes de l'Etat en Algérie ? Ne reprochent-ils pas justement à nos gouvernants d'être des usurpateurs, des incompétents, des arrogants, des prétendus indispensables ? Ou bien sont-ils incapables ?
Et alors qu'ils reconnaissent aux gouvernants au moins le mérite et le courage de relever les défis et d'affronter une telle responsabilité. Qu'ils s'approchent de ces caisses et de ces trésors et qu'ils essaient d'en détourner quelques liasses ou quelque lingot, ne prétendent-ils pas qu'il est facile et aisé de s'en servir ? Qui les empêchera-t-il d'en profiter eux aussi ? Pour qui nous prennent-ils ? Pour des naïfs à leur image ?!
La mystification devient plus forte et plus séduisante quand elle est l'œuvre d'experts journalistes ou intellectuels. Elle devient pire encore quand elle est l'œuvre d'un responsable parce quelle prend le caractère d'un témoignage cru et crédible donc. Les masses malheureusement ne sont pas en mesure de consacrer assez de temps à séparer le bon grain de l'ivraie. Les masses préfèrent se tenir à ce que leur disent les experts flatteurs qui les laissent somnoler dans leur abêtissement, qui les font rêver de minables intérêts égoïstes, pourvu qu'ils ne leur demandent pas de payer les taxes et de participer au bien public. Les masses aiment ceux qui leur font cultiver surtout l'image de victimes absolues, que tout leur est hostile sauf bien sûr leurs propres bêtises (prises de positions, choix ou actions.)
Ces mystificateurs préfèrent montrer et présenter leurs protégés comme des victime d'Allah, de Mahomet, du régime, des Généraux, des criquets, du ciel, sauf de soi-même. Les masses aiment ça. Elles aiment aussi leur aliénation et leurs aliénants, journalistes surtout, qui les aiment en retour car ils savent pleurnicher par procuration sur leur malheur. Cette race d'aliénants savent pleurer sur le malheur de ces élus-malheureux mieux que les malheureux eux-mêmes. Ils ne donnent aucune chance à leurs victimes de pleurer par eux-mêmes leur propre sort et de se défouler donc.
Ce faisant, ils les rendent deux fois victimes : victimes de ceux qui les font pleurer et au même temps de ceux qui ne les laissent pas pleurer. Les masses d'Algériens sont victimes par excellence, malgré leur innocence immaculée, et oppressés déjà, si l'on croit nos journalistes, depuis 1962. Oui, certains avancent cette date précise. Ça fait pleurer mais vous pouvez rire.
« M. Abdesselem (Belaid) - disait le Général Tawfik Medien - a prétendu que j'avais apporté une protection ouverte à de gros importateurs et c'est précisément ce genre d'inepties qui m'a décidé à répondre à la série d'allégations proférées par cet ancien dignitaire de l'Etat. Je n'ai jamais eu, à ce jour, le moindre rapport avec les milieux d'importation. J'ai même interdit à mes enfants de s'y engager pour éviter toute interférence regrettable dans mes fonctions et les mettre ainsi à l'abri d'approches intéressées et peu fiables. »
Accuser les gens comme ça, sans fondement, c'est le moins que l'on puisse dire de la mesquinerie inquisitrice. Les gens de chez nous s'attachent davantage à leur médiocrité et à leur mesquinerie qu'à leur dignité. Ou plutôt ils font de ces deux tares de l'Etre, leur dignité. Pourquoi ? Nos gens ont une idée tordue de la responsabilité et c'est par ignorance qu'ils pèchent politiquement et moralement. Quant à nos élites, on peut dire qu'ils ont presque la même idée que les profanes ont du pouvoir. Au lieu d'éduquer les masses, au lieu de les élever à leur niveau, nos intellectuels semblent séduits par la superficialité et la médiocrité des lieux communs de la plèbe. Ils confondent superficialité avec simplicité et médiocrité avec modestie et ils les épousent sans gêne. Le comble c'est qu'ils sont aptes à déclarer la guerre pour faire régner ces inepties.
En outre, en Algérie, on n'a jamais mis en prison un homme qui insulte un autre, à la limite c'est la personne offensée qui s'en charge comme Zidane avec Materassi, par exemple. Si l'on continue à accuser les gouvernants d'être des voleurs c'est qu'on sait qu'on ne nous tient pas rigueur. D'ailleurs quelle valeur peut avoir la parole si les langues qui la produisent puent de haine et de mensonges ?
En outre, nos journalistes le font sans crainte désormais. D'aucuns, les plus malins, sont protégés par l'usage des généralisations et des allusions ; d'autres, plus cyniques et lâches, savent que s'ils viennent d'être cités en justice, l'on s'écrie à la censure, à la menace de la liberté d'expression et alors quelque saint protecteur ou quelque chevalier d'outre méditerranée, viendra à leur rescousse. Les pauvres, quand seront-ils capables de défendre leur guirba par eux-mêmes ?
Les gens mystifient aussi quand ils sont envieux ou quand ils entendent régler des comptes avec quelque rival, comme Belaid Abdesselem...
Ignorance et envie voilà les deux piliers du monstre Mesquinerie.. nos masses (journalistes confondus) pensent que l'argent public soit une rivière qui passe sous l'Eden des gouvernants où ils auraient l'exclusive d'y puiser à en tarir les flots. Alors ça leur saute à l'esprit, en vertu d'un mécanisme psychologique repéré par Italo Svevo : Pourquoi pas nous ? ou, mieux, Moiiii ?
A suivre

Smari Abdelmalek

par Smari publié dans : rencontres algériennes
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Samedi 19 avril 2008

« Contre une telle fiction unificatrice (Thèses
de J. J. Rousseau) , Machiavel revendique la
fécondité des désaccords et des dissensions,
reflets du caractère hétérogène de la société et
des intérêts particuliers qui la constituent. Par
suite, dans la république telle que Machiavel
la présente, la vertu du chef de l'Etat n'est pas
de faire cesser purement et simplement les
dissensions, tâche d'ailleurs vouée à l'échec, mais
consiste à distinguer celles qui sont favorables au
bien public et celles qui peuvent lui nuire, et à
laisser s'exprimer au mieux les premières, puisque
l'agitation des ‘‘humeurs'' fortifie la cité. »
Thierry Ménissier
Le Nouvel Observateur Hors-série n° 66 - 07-08 2007


Quand nos journalistes tordent le cou aux statistiques
« Transparency International signifie dans son récent rapport la « persistance du haut niveau de corruption au sein des institutions de l'Etat ». El Watan du 06-03-08
« M. Benbitour, l'ex-Premier ministre, fait remarquer que les hydrocarbures constituent la source principale de devises (98,3%), une source de recettes budgétaires importantes par la fiscalité pétrolière (76%) et une source d'énergie pour le fonctionnement de l'économie. » El Watan du 18 septembre 2007 > Economie Lyes Malki.
A partir de ces données, et d'autres encore que je citerai au fur et à mesure, je construirai mon présent discours.
Si le nombre d'enseignants primaires et secondaire (Quotidien d'Oran du 18-09-07) est de 168825 et le salaire de base est de 22.400 dinars... Combien y a-t-il en Algérie de douaniers, de juges, de policiers, de militaires, d'employés qui touchent plus ou moins la même somme, chaque mois ? Combien y a-t-il de ce type de travailleurs qui sont indispensables mais qui ne produisent rien de palpable ? Qui les paie-t-il ? Où est-ce que leur employeur, l'Etat, trouve-t-il de l'argent ?
Nos journalistes souvent ne se posent pas ce genre de questions, malheureusement. Sont-ils aphasiques ou sont-ils schizophrènes ?
Un certain Tolsen - pour un temps, membre d'une certaine commission de la présidence des Usa -prenait 200 millions de dollars par an. Voir le témoignage du film Siko de Michael Moore.
Faisons maintenant un petit calcul : combien gagnent par exemple une légion de 100.000 enseignants algériens par an ? 26,88 milliards de dinars équivalant à 268,8 millions d'euros. Juste un peu plus du salaire de M. Tolsen, dont on nous présente le pays comme la Mecque de la loyauté, de la justice sociale et surtout de l'intégrité morale et du gain honnête.
Combien y'a-t-il aux Etats-Unis de M. Tolsen ? Beaucoup, bien sûr. Pour mémoire : M. Paul Wolfowitz, au temps où il était chef de la Banque Mondiale, accusait les chefs des Etats du tiers monde de corruption et de mal gouvernance et ne cessait de leur donner des leçons de morale sur l'honnêteté ; seulement qu'il se révéla lui-même un corrompu de la pire espèce.
Ce maestro de la corruption faisait gagner l'équivalent de ce 2,4 millions d'euros/an environ (une somme comme le salaire de 10 000 de nos enseignants algériens) à son amante d'espionne, la libyenne Shaha Risa, aux services du Pentagone, durant la préparation des plans d'invasion et d'occupation de l'Irak... Pendant qu'indifférent ou pas au courant, Mohammed Guetarni du Quotidien d'Oran 06-09-07, continuait à reprocher aux « ... hommes politiques qui perçoivent des salaires faramineux qui dépassent tout entendement (plus de 200.000 DA/mois sans compter les indemnités), parce qu'ils ont le pouvoir de décider combien doivent-ils être payés, sont d'autres facteurs porteurs des gènes du désordre social qui débouche en droite ligne sur la violence sous toutes ses formes. »
200.000 DA/mois, c'est égal à 2000 euros en tout. Certes ce salaire représente 8 fois celui de l'enseignant ordinaire. Mais pourquoi doit-il être porteurs des gènes du désordre social ? En quoi une telle différence puisse expliquer le désordre social ou le justifier ? Comme si en France ou en Amérique du nord, un enseignant percevait le même salaire qu'un ministre ou un ambassadeur !
« Que fait un député ou un ministre à l'Algérie - enchaîne encore Mohammed Guetarni - que ne fait pas le Professeur d'université qui a, pourtant, la lourde responsabilité de former l'élite intellectuelle au pays (et peut-être même certains hommes politiques qui ont l'occasion de faire des études supérieures) ? »
D'abord il a échoué, en tant que formateur de ladite élite, de former des cadres de l'Etat intègres et honnêtes et de suturer la déchirure dans le tissu social fragile de l'Algérie entre gouvernants et gouvernés. Et puis il doit inventer et produire une culture de liberté, de justice sociale, d'intégrité morale et de loyauté. Mais hélas c'est ce que lui manque et c'est ce que fait sa faiblesse.
En fait quelle différence y a-t-il entre ces catégories d'Algériens : l'étudiant, l'enseignant, le journaliste (indépendant ou non) et même un ferrailleur, un boulanger ou le gargotier du coin ? Rien, et puis ils sont tous des Algériens ! Ecoutez leur langage et sondez leurs ambitions et vous verrez avec quelle confusion et quelles difficultés vous arriveriez à distinguer l'un de l'autre.

La rengaine mielo-drammatisée et les donneurs de leçons et ... de numéros
Mais notre intellectuel, ignorant (sciemment ?) ces détails, pourtant importants, continue « L'exemple du 05 octobre 1988 est encore présent dans notre mémoire collective où des jeunes ont péri sous des balles réelles pour avoir refusé l'ordre établi qu'ils estimaient répressif parce que injuste. La mort de ces jeunes a provoqué une déchirure dans le tissu social fragile. »
Ce qui l'intéresse ce n'est pas une analyse fine et objective de tous les éléments et causes de la révolte tragique d'octobre 1988 - analyse qui l'aurait porté certainement à plus de pertinence et plus de vérité encore - mais de sonner la rengaine mielodrammatisée déjà mille fois rabâchée, chantée, pleurnichée par d'autres analystes bêtes, superficiels ou tendancieux à savoir : donner la confirmation du caractère hors-la-loi de nos gouvernants !
« Les réserves de change de l'Algérie ont atteint 110 milliards de dollars, à fin décembre 2007, (contre 77,78 milliards de dollars à fin décembre 2006), a indiqué, hier à la presse, le ministre des Finances, M. Karim Djoudi, en marge d'une rencontre sur le financement de l'économie... Les importations algériennes s'étaient établies à 27,43 milliards de dollars durant l'année 2007 contre des exportations de 59,51 milliards de dollars, rappelle-t-on. » Quotidien d'Oran du 05-02-08
Ceux qui utilisent ces chiffres n'ont pas eu, semble-t-il, le temps nécessaire ou la bonne intention de les scruter pour y voir ce qu'il y a vraiment derrière et en quoi ils consistent. L'Etat doit nécessairement payer tous les employés de tous les secteurs improductifs.
Pour en avoir une idée, il faudrait déterminer le nombre de ces employés, trouver un salaire normal (on l'obtient en faisant la moyenne de tous les salaires, comme je l'ai fait ci-haut) et multiplier celui-ci par ceux-là. Puis l'on ajoute au résultat les dépenses de l'Etat pour la logistique de la défense, de l'ordre public, de l'administration centrale et locale, des écoles, des hôpitaux avec les budgets respectifs de fonctionnement et de maintenance des infrastructures, la construction de nouvelles infrastructures, les calamités industrielles et naturelles et enfin Les importations algériennes (qui) s'étaient établies à 27,43 milliards de dollars durant l'année 2007, sans oublier la chute du dollar (monnaie algérienne de transactions internationales) et la récession de l'économie mondiale de ces deux dernières années...
Personnellement et bien que je n'aie pas fait cette opération complexe et compliquée (pourtant simple opération d'addition des chiffres les uns aux autres) par manque de données, je doute que les 110 milliards de dollars, les soi-disant sommes faramineuses, puissent être dépensés et consommés en leur totalité ; ça serait la ruine de l'Algérie, de ses richesses, de son Etat, de ses intellectuels, de ses barbiers et même de ses journalistes.
En réalité, il faut savoir que seul un certain pourcentage, les taxes prélevées justement sur les revenus des hydrocarbures, sera propriété de l'Etat et des Algériens donc. Le reste c'est pour la Vache à lait, la Sonatrach. Cette entreprise, don de la Providence, a à payer des frais : les assurances, la maintenance, le prix de production, le fonctionnement, l'investissement, les droits internationaux, les accidents, le renouvellement des infrastructures existantes et la création d'autres, l'exploration et, ne l'oublions pas, les coûteux dysfonctionnements.
A propos des 40 milliards de dollars de dettes extérieures, qui s'en souvient, maintenant ? ou bien y a-t-il eu quelqu'un qui s'en ait acquitté à la place de l'Etat algérien ? Ayez un peu de décence, Messieurs les donneurs de leçons et de numéros, et souvenez-vous de ces gouffres profonds et ingrats où se sont engloutis tant d'efforts et de milliards de dollars.
Enfin je ne sais pas encore comment font nos journalistes et ceux qui s'autoproclament experts en chiffres des hydrocarbures algériennes, en affaires de l'Etat algérien, en hommes de charité et surtout en bons pleurnichards sur le sort du pauvre peuple algérien... je ne vois pas comment ils font leurs calculs. Ils ne font que donner des numéros, comme on dit en Italie.
Après avoir cité tous les maux des sphères hautes et basses du monde arabe, Mohammed Hachemaoui - El Watan du 17-01-08 - se demande : « Pourquoi ces configurations sociales que d'aucuns qualifient d'explosives, ne débouchent-elles pas, dans cette région-là du monde, sur un changement démocratique ? »

Idha ‘ammett, kheffett
Cher Hechmaoui, ça ne débouche sur rien pour la simple raison que la révolution est le produit des citoyens conscients, déterminés, capables et surtout travaillants pour le bien public. Or si nous observons nos gouvernés (qui sont loin du Pouvoir), on verra qu'ils sont corrompus eux aussi (ou du moins corruptibles), opportunistes, voleurs, fainéants ; on verra qu'ils fuient leur responsabilité civile et morale. Qu'on les observe en situation, qu'on lise nos billettistes (El Guellil du Quotidien d'Oran, par Exemple) et nous verrons qu'en matière de moralité, les gouvernés avec leurs protecteurs de journalistes charitables ne valent pas mieux que les gouvernants.
En plus nos masses de gouvernés avec leurs protecteurs en tête, s'imaginent (ils ne seront jamais capables de porter des preuves tangibles de leurs assertions) que nos gouvernants soient de vraisemblables brigands. Il va sans dire que tout simplement ils ont une idée tordue de la responsabilité. Etre responsable, signifie - dans leur étroite boite crânienne - posséder l'objet de responsabilité en l'usant et en en abusant ad libitum.
Dans leur for intérieur, ils souhaitent faire ce qu'ils prétendent que les autres font. Pire encore : avec leurs assertions, dont le fondement freudien est indéniable, ils sont capables d'en vouloir à ceux qui sont là-haut, au Pouvoir, de ne pas en profiter comme ils souhaiteraient faire s'ils étaient à leur poste. Ils craignent même d'être démentis dans leur apparence d'honnêtes gens.
Observons bien ces gens qui sont à nos côtés, nous verrons qu'en accusant nos généraux et nos ministres, nos masses pleurnichées et nos journalistes pleurnichards ne font que tisser la fable du renard qui fait couper la queue à ses congénères pour vaquer ensuite impuni et incognito devant la victime qui veut se rendre justice. Idha ‘ammett, kheffett, disait Ben Khaldoun qui connaissait bien, lui, homo berbericus.
En accusant nos gouvernants, nos gens simples et malheureusement ceux compliqués aussi (leurs complices comme la plupart de nos élites intellectuelles, journalistes indépendants en tête), semblent justifier le vol imaginé, celui de nos responsables, par le vol réel de tous les jours, le leur. Ainsi, comptent-ils alléger et nettoyer (rendre nettes) leurs consciences souvent taraudées par les velléités de voler, à défaut de pouvoir voler vraiment.
Ceci étant dit, je ne suis pas assez bête pour renverser la mystification et dire que tous les gouvernés algériens soient des voleurs et tous les gouvernants soient des anges ou, à défaut, des samaritains. Non ! Je ne sais que trop ce que savait et enseignait Machiavel : l'humanité de l'homme est redoutable. L'homme est capable du bien et du mal. « S'il est mon égal pourquoi me commanderait-il ? » Tel semble être le mobil principal de nos gens : barbiers et journalistes en tête.
On peut ajouter à ce tableau nosographique, cette autre maladie ténébreuse, presque secrète, caractéristique des nains et des frustrés : le négatif du culte de personnalité. N'est-ce pas le propre du culte de la personnalité mais à l'envers, en négatif, que d'attribuer des pouvoirs illimités et redoutables, magiques dirait Sartre, à une seule personne, le président de la république algérienne en l'occurrence ?
Si un simple douanier te chante et te demande la « tchipa » pour te laisser passer avec ton trabendo, c'est Bouteflika le responsable. Si un journaliste diffame un Wali et si celui-ci se défendant s'en remet à la justice et obtient gain de cause, c'est Bouteflika qui aurait décidé ainsi. Si l'Algérien - qui ne paie pas ses factures d'eau, du loyer, de gaz et d'électricité et qui refuse, comme c'est la règle chez nous, de payer les impôts et de s'acquitter de ses devoirs civils et moraux en toute liberté et en toute responsabilité - se trouve sans services sociaux, c'est à Bouteflika qu'on s'en prend etc...
N'est-ce pas magique, un homme dont dépendent exclusivement tous les sorts de tous les 32 millions d'Algériens ? N'est-ce pas un miracle ? N'est-ce pas une espèce de culte, ce genre d'attitude mentale ? N'est-ce pas une sorte d'apologie de la culture du providentialisme et de l'irrationalisme ? ... et j'en passe. Il me vient de paraphraser Voltaire en disant du chef de l'Etat algérien : Voilà un homme bien heureux ; il a tous ses adulateurs à ses pieds dans son antichambre. Parmi eux il se trouve ses ennemis aussi qui l'envient et le détestent mais qui se laissent écraser volontiers par les soins de sa Majesté.
Voilà aussi pourquoi il y'a exceptionnalisme arabe : c'est cette complicité commode qui le provoque et le maintient en le défendant ongles et griffes non seulement de la part du haut de la pyramide, non seulement de la part du bas mais surtout de la part de la plupart de notre intelligentsia locale.
Quant hordes de pleurnichards du dehors, l'on sait - même si l'on tend à le nier - qu'au mieux elles nous veulent le bien que l'on souhaite à un misérable fellah mort au temps de Massinissa : l'indifférence ; au pire, ces hordes d'intellectuels, en mal de charité, nous veulent le bien que le Régime de Washington veut aux irakiens à savoir la destruction à outrance. Delenda Cartago, tonna un jour, un certain Caton, en indiquant nos rivages.

A suivre

Smari Abdelmalek 

 

 

par Smari publié dans : rencontres algériennes
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Lundi 31 mars 2008

 

« La modernité que nous ambitionnons ne saurait résulter

d’une extrapolation mécanique de recettes techniques ou

de modalités juridiques. Elle ne peut être que le résultat

d’un travail sur nous-mêmes et par nous-mêmes. Un  travail

 d’analyse autocritique et d’intériorisation des avancées

de la pensée humaine, à partir de notre riche patrimoine

et dans le respect de ce qui fonde notre personnalité profonde. »

 

 Abdelaziz Bouteflika, Président de la république

 

Une idée de gargotier

Nous verrons ci-dessous par contre quel type de discours nos journaux, soi-disant indépendants,  préfèrent tenir dans ce genre de situations. Au lieu d’éduquer les masses d’homo berbericus pour faire de leurs hordes barbares et grossières un peuple civil et responsable, les rédacteurs/détenteurs de nos journaux (sans être des juges et sans avoir des preuves tangibles) préfèrent accuser et condamner nos gouvernants ! Mais avant d’en exposer quelques incohérences et contradictions, il est souhaitable de braquer un regard scrutateur sur l’éthologie de homo berbericus (non seulement version quidam) qu’un certain piétisme stupide s’il n’est pas tendancieux, brandi par ces mêmes journaux, nous présente comme des victimes absolues.

En se comportant de la sorte, nos journaux dénuent cet homme (pourtant leur chouchou!) de toute dignité d’être responsable du propre destin et d’être donc fondamentalement libre. Aveuglés par la logique de leur haine pour notre classe gouvernante, ces pleurnichards de journaux ont trouvé une raison d’être, autrement valable et solide, dans la victimisation de la plèbe qu’ils ont censé informer et honorer au lieu d’en enterrer la dignité et la liberté.

Certes il ne faut pas trop en vouloir à ces masses qui n’ont pas encore pris pleine conscience de l’importance vitale de ce pilastre du civisme et de moralité (payer les taxes). Mais cela ne doit pas nous empêcher de les observer pour voir s’ils sont vraiment aussi victimes que ça, aussi aliénés et surtout aussi contraints de subir l’empire malveillant de leurs méchants gouvernants faits de leur propre chair, créés à leur image, pourtant.

Il faut voir par exemple comment ils conduisent leurs affaires au long de leur existence quotidienne : presque tous les Algériens sont des commerçants, ratés certes et au noir d’accord, mais des commerçants. C’est une constante. L’instituteur, le médecin, le prof universitaire, le balayeur de la commune, l’agent de sécurité dans une cimenterie, l’étudiant, la femme de ménage, le retraité immigré, l’apprenti boulanger, le jardinier de la République, les hauts fonctionnaires et bien sûr les … eh oui… les journalistes aussi. Le comble est que tous sont des commerçants bricoleurs, de fortune. Rares sont ceux qui le font par métier c’est-à-dire avec art, compétence et honnêteté (ainsi je ne risque pas de généraliser sans fondement).

« Son premier voisin - nous dit El Guellil du Quotidien d’Oran - avait transformé une des pièces de sa maison donnant sur la rue en magasin pour l’alimentation générale. Quelques jours après, plusieurs ont fait de même... Un autre, usant de la même pratique, a aménagé sa salle de séjour, transformant une des fenêtres en porte, en un petit salon de thé. D’autres ont fait de même quelques jours après... Un gargotier... des gargotiers. Un KMS... plusieurs KMS. Un cybercafé... des cybercafés. Une boutique pour produits cosmétiques... et zid el-boudouri pour la joie de toutes les femmes du quartier! Une table de vendeur de cigarettes pour le petit qu’on venait de renvoyer de l’école... ».

Ce que ne nous dit pas explicitement El-Guelli c’est l’idée que nos improvisés commerçants se font de ce métier vital et rentable (même si c’est un métier de service) et qui se résume pour eux en ceci : tout ce qu’ils gagnent est un gain net. Ils n’ont pas à faire la part des choses entre les aspects de toute activité commerciale telle la vocation, par exemple, le capital, les frais de gestion, l’investissement, le service, la responsabilité, les impôts et enfin - s’il y’en a – le bénéfice. Tout ce qu’ils veulent en savoir c’est que dans le commerce il y a de la baraka : une idée de gargotier, quoi !


Messieurs les journalistes… indépendants !!!

Nos commerçants, semble-t-il, sont incapables de réaliser que vendre un mouton par exemple signifie dépenser de l’argent pour l’acheter, le transporter, l’engraisser, le servir (eh oui servir les moutons ! n’est-ce pas drôle ? Et puis que peut-on attendre de quelqu’un qui sert un mouton !?), le protéger, le porter au marché, payer le maks (avec un sou , quelque corruption, des jurements et une brassée de mensonges) et enfin le vendre. Ils ne savent pas que toutes ces opérations requièrent argent, temps, énergie, risques et surtout distraction et improduction donc pendant le travail officiel ; sachant que notre commerçant est toujours un fraiseur, médecin, ingénieur, journaliste ou balayeur de la République et qu’il n’hésiterait pas à déserter, toujours volontiers, son poste de travail dans quelque chantier ou quelque bureau pour prendre soin de ses moutons personnels.

Quand le commerçant berbericus vend son mouton, tout l’argent qu’il touche est un gain. Saura-t-il un jour que c’est justement ce genre de tromperie qui constitue l’origine de son malaise et du malaise de son peuple ? Saura-t-il un jour qu’en réalité c’est lui-même qui trompe lui-même et pas les gens du haut ou du bas ou ceux de l’au-delà ? Bref, tant qu’il maintient l’argent gagné dans la poche, notre prétendu commerçant se croira le plus riche du monde. Ergo, il se met à caresser l’espoir sérieux de voir arriver chez lui, dans son houche , un jour (qui sait d’où ? du ciel peut-être, comme ce que s’était passé avec sidna Brahim El Khalil ?), un troupeau de moutons gras et cornés pour les vendre et gagner encore et gagner plus et seulement gagner.

Son enfant ou sa femme peuvent bien avoir envie de quelque chose d’essentiel, de médicaments, de vêtements, de livres, de jouets ; sa maison ou son gourbi peuvent avoir besoin de quelque réparation ; le percepteur d’impôts (mekkas)  et le vendeur peut-être peuvent avoir besoin de l’argent qu’il leur est resté chez lui… mais notre commerçant invoque à sa rescousse dieu et la baraka de ses saints pour les en dissuader. Souvent ils finissent par se disputer.

Et l’Etat dans tout ça ? Niente, normal : l’Etat est ici pour ça, pour veiller au bonheur du Citoyen, même s’il est commerçant. Il doit gérer les problèmes et contentieux de son commerçant de Citoyen et ne pas l’abandonner à ses rapaces de mekkas et autres créanciers. Il doit lui payer les frais de l’affaire, la police, le tribunal et même la prison et toute cette panoplie d’anarchie et de stupidités ! Et dire que l’Etat, le nôtre, est voleur. Messieurs les journalistes !!!


Contradictions tranquilles

« En faisant condamner des journalistes à l’embastillement, ceux qui nous gouvernent se ridiculisent davantage et offrent d’eux-mêmes une piètre image à l’étranger. Apparemment, ça ne les dérange pas, pourvu que le prix du pétrole continue à grimper et que la rapine se poursuit. » Tayeb Belghiche, El Watan 09-03-08

Au lieu de se la prendre avec le système judiciaire et le juge de Jijel, ce respectueux journaliste se la prend avec tout le régime qui serait le responsable d’une telle sentence ! Selon lui c’est le gouvernement, l’Etat, ou peut-être même le premier magistrat du pays en personne qui en serait le responsable unique et direct, comme si c’était Bouteflika lui-même qui avait instruit l’affaire et jugé les journalistes ! Ceci étant dit, je n’entends pas cautionner les harcèlements, de ces jours, contre les deux journalistes d’El Watan. Il n'est pas non plus juste continuer de harceler et de dénigrer les hommes du pouvoir pour la simple raison de prouver qu'on est démocrate et qu'on est soi-même plus honnête qu'eux.

« C’est la philosophie du bidonville. Il se construit autour du premier et hop c’est toute la familia qui se met à la taule. Bni oueskoune. Et les autorités chouf oueskout. Mieux on leur installe l’électricité pour éviter les branchements illicites et comme dar el-mire fonctionne ghaya, avec le reçu Sonelgaz il peut avoir sa «fiche de résidence». Il devient votant recensé. » El Guellil.

S’agit-il, dans ce comportement incivile, d’une complicité flagrante entre l’Etat et ce type de Citoyen parasite et délinquant plus que fourbe ou intelligent ? Ou bien s’agit-il d’une sorte d’indulgence de la part des autorités qui savent que le marasme de l’Algérien est le produit de tant de siècles de peines et d’efforts qu’il faut donc du temps pour en avoir raison ; d’où ce geste de compréhension éducative pour aider le Citoyen à réfléchir, à apprendre dans la sérénité à être responsable et honnête ? Ou bien encore s’agit-il d’une simple incompétence de la part des solotates ?

De toute façon nos journalistes ne sont pas d’avis qu’il faut aider ces autorités à être compétentes au lieu de les calomnier gratuitement et à longueur de journées en les traitant de bandes de brigands et de proxénètes sans foi ni loi. Nos journalistes savent pourtant que ce n’est pas avec des insultes qu’on éduque ou qu’on informe, mais avec l’exemple et la méthode.

« Pendant que l’Algérie a les yeux rivés sur le prix du baril de pétrole, un mouvement d’ajustement planétaire est en train de s’opérer. Produits agricoles et matières premières, que l’Algérie importe en abondance, connaissent une flambée des prix exceptionnelle, les plus importants depuis un demi-siècle… A titre d’exemple, le prix du blé a doublé en un an. Mais certaines variétés ont connu des hausses encore plus importantes, de 270 pour cent pour le blé dur à une multiplication par quatre pour certaines variétés plus cotées destinées au pain et aux pâtes… Cette évolution des prix des produits agricoles s’est déjà reflétée dans les importations du pays en 2007. Celles-ci ont dépassé 27 milliards de dollars. Pour 2008, les spécialistes estiment que le seuil symbolique de 30 milliards de dollars sera dépassé. Un chiffre faramineux, qui installe le pays dans une situation de dépendance très inquiétante. Les économistes s’inquiètent aussi d’une autre évolution, encore plus grave. Ils redoutent en effet que le déficit alimentaire du pays atteigne un seuil irréversible. » Abed charef in le Quotidien d’Oran du  8 mars 2008.

De sa part, El Watan du 19 mars 2008, sans se soucier de ses propres contradictions, dit sur la langue de Nora Boudedja « L’euro a atteint lundi un nouveau record à plus de 1,59 dollar. La vulnérabilité de l’Algérie vient du fait qu’elle est fortement dépendante des marchés internationaux » !!

Où sont passés ces trésors de Qarone que la chute du dollar a dégonflés misérablement mais que El Watan, en premier, indiquait comme infinis qui finissent toujours par finir quand même dans les poches de nos gouvernants malins ou corrompus, peu importe puisqu’ils sont seulement et seulement des voleurs ? Ces joutes entre le dollar et l’euro ne devraient plus servir à notre Journal pour jeter l’anathème sur nos dirigeants. Mais il n’en est rien : à présent, semble-t-il, notre Journal a déjà oublié qu’il avait dit ça, et le voilà qui procède sans gêne.

Serait-il parce qu’il sait qu’il possède le redoutable pouvoir de dire ce qu’il veut d’une manière sensunicale, sans que personne puisse le démentir ou le dénoncer ? En fait qui pourra crier en face à ce type vénérable de journaux : « Vos fonctionnaires sont des menteurs et des mystificateurs de marque. Ils terrorisent les gens avec leurs fausses informations et leurs mensonges tendancieux. » ? Personne, car la censure le protège.

Comme vous voyez ce n’est pas que nos journalistes ne disent ou ne savent pas parfois dire quelques vérités, mais c’est que – semble-t-il – ou il ne lisent pas ce que leurs collègues écrivent, ou ils ne se rappellent pas de ce que eux-mêmes ont écrit quelques temps auparavant. D’où leurs contradictions insouciantes et point gênées. Autrement, comment peut-on continuer à parler de ces prétendues caisses de l’Etat algérien gonflées en milliards de dollars (monnaie désormais scandaleusement dégonflée !) qui seraient la panacée contre tous les malheurs s’ils n’étaient pas détournés par nos gouvernants ?

Qu’ils se fassent eux-mêmes gouvernants ou bien sont-ils incapables ? ont-il peur de la responsabilité ? Qu’ils se fassent gouvernants et qu’ils essaient de voler et détourner eux aussi comme nos gouvernants sont en train de faire ! Sans blague ! Pour qui nous prennent-ils ? pour des moutons ?

 

Le souci de François de Closets
Sans nier l'importance de nos journalistes, je suis en droit d'attirer leur attention sur le manque flagrant de la rigueur logique et de l'honnêteté intellectuelle qui caractérise leur mode de nous informer. Et s'il ne s'agit pas de ça, il s'agit sûrement d'autre dysfonctionnement : la mystification, peut-être non voulue, qui parsème imperturbable leurs écrits quotidiens. 
De leur part nos journalistes ont l'obligation morale de s'expliquer ou de se prononcer au moins sur leurs impairs épistémologiques. Qu'ils me convainquent que je suis dans l'erreur ou dans la stupidité. Ça sert à ça la critique, je pense. Pour ce qui me regarde, je le répète, je voudrais tout simplement travailler, à partir de mon infime coin, pour transformer l'idée erronée qui suppose que l'Etat soit fondamentalement tout répressif au lieu d'être un instrument de libération et de réalisation civilisationnelle au service des Algériens. Il faut reconnaître d'abord qu'un tel divorce entre l'intérêt individuel et celui de la collectivité (car il s'agit bien de cela) n'est pas l'apanage du seul Algérien. Oui, il n'y a pas que chez nous que la politique soit suspecte et sensée rendre des services à gratis aux seuls politiciens.
Dans une recension publiée sur le site Decitre.fr du livre « Le divorce français. Le peuple contre les élites » de François de Closets, on lit : « Pourquoi avons-nous construit trop de bombes atomiques et pas assez de logements, trop de centrales nucléaires et pas assez d'universités ? Pourquoi nous sommes-nous laissé prendre au piège du second choc pétrolier ? Pourquoi ces 100 000 morts sur les routes que l'on aurait pu éviter, ces 1100 milliards de dettes injustifiables légués à nos enfants ? Pourquoi les français ne peuvent-ils pas choisir leur fin de vie ? Pourquoi cette impossibilité de moderniser notre société ? Si nous en sommes arrivés là, c'est parce que la démocratie française est paralysée par l'incompréhension, la méfiance régnant entre le peuple et les élites. Ce divorce entretient les querelles stériles, favorise les fausses solutions, s'oppose aux réformes nécessaires. Il trouve ses racines dans les erreurs d'analyse. Le manque de transparence et de concertation, l'abus de l'idéologie de nos élites. Mais aussi dans l'absence d'engagement et la protestation systématique qui sont devenues l'apanage des Français. » 
D'autre part voici ce que pense un compatriote de M. de Closets des dernières élections présidentielles en France : « J'ai suivi - dit-il - d'un œil distrait et amusé, les joutes des candidats pour la conquête du pouvoir : A l'énergie qu'ils mettent en œuvre pour mener à bien leur campagne, il faut croire que le poste visé offre des avantages hors du commun ! »
C'est dire combien est répandu dans le monde ce genre de divorce entre le Citoyen et la Cité qui n'a pas encore trouvé une Eglise ou un dogme pour le déclarer peccamineux ou l'interdire. Cette méfiance presque naturelle, puisque elle est politiquement nécessaire, ne va pas jusqu'à remettre en cause la légitimité des gouvernants de la France. Pourquoi chez nous la même méfiance doit être synonyme d'illégitimité de nos gouvernants à gouverner l'Algérie et ses habitants ?

 

La preuve par le bâton

 « Deux prévenus – lit-on sur El Watan 10-03-08 - D.H.A. et M.M. ont comparu, hier, devant le tribunal criminel siégeant au niveau de la Cour d’Oran, … le dénommé D.H.A., plus connu sous le prénom « Samir », se faisait passer pour un colonel de la sécurité militaire et membre de la famille du président Bouteflika. Son coaccusé, M.M., prétendait quant à lui être un officier du service de renseignement français, DST, et qu’il avait des accointances à tous les niveaux parmi les gouvernants. Le duo exigeait d’énormes sommes d’argent pour intercéder, en faveur de leurs victimes potentielles, auprès des autorités concernées par leur problème. Ils promettaient même des papiers français pour ceux qui souhaitaient s’installer dans l’Hexagone. »

Supposons que les autorités n’aient pas encore réussi à mettre la main sur de tels délinquants ; supposons que l’une de leurs victimes se soit plainte – comme il arrive souvent chez nous - près d’un intime ; supposons que cet intime se trouve justement un journaliste indépendant, que se serait-il passé ? Le journal dudit journaliste serait sorti avec un titre du type :

« Les parents de Bouteflika achèvent de saigner les Algériens ! » Quant au soi-disant parent de Sarkosy, il nous viendrait présenter plus comme une victime trompée que comme un complice corrompu, pour la simple raison qu’il est français, civil donc.

Grâce à dieu, les inefficientes autorités algériennes – n’en plaise à nos journalistes divorcistes - ont réussi à avorter une telle monstruosité épistémologique et ont épargné par là même à nos journalistes de faire l’une de ces figure de M… Nos autorités, pourtant illégitimes et inefficientes, ont épargné à nos indépendants Légitimissimes de faire la figure d’Eric Fottorino avec son histoire sur « Marie 13 minutes » (voir sur ce même blog « Presse indépendante ? en Algérie? et ailleurs? »)

A force de tisser des mensonges et à force de voir que les faits finissent toujours par nous démentir, on passe à la preuve par l’invention des faits.

A propos de preuve, j’en connais quelques unes d’un type étrange : la preuve par le bâton ! En voici la première : cependant elle est restée confinée dans la lointaine époque de 1980 dans une salle de cours à l’université de Constantine. Un notre collègue étudiant, barbu de gai savoir et bien appuyé sur un bâton, voulant nous démontrer au tableau la suprématie du système économique d’inspiration islamique par rapport aux deux autres : communiste et capitaliste (sa tête étant trop étroite pour en contenir davantage et surtout ne voulant point ruiner le cours lisse, sans accident, de sa démonstration géniale qui se base sur une certaine linéarité des faits et des phénomènes) nous brandît sa baguette magique et nous expliqua : « Si nous tenons ce bâton par le bout gauche, il tombe par le bout droit. Si on le prend par le bout droit c’est la gauche qui croule. Si par contre et enfin on le tient par le centre il est la stabilité et l’équilibre incarnés. Fa bouhita lladhi kafara ! »  

L’autre preuve par le bâton - officielle celle-ci puisqu’elle est passée à la télévision - ne fait pas moins rire les poules : Un vénérable vieillard, lui aussi barbu d’une sagesse blanche et d’un gourdin bien de chez nous, fut invité à dire son mot dans une assemblée couverte par les caméras de notre Entv. Notre Moise démonstrateur, boucleur des grandes gueules brandît lui aussi sa baguette et perça les flots de la médiocrité régnante pour en créer le chemin de la sagesse et du salut.

Il expliqua lui aussi sous forme de demandes didactiques, une sorte de maïeutique à la Socrate : « Voyez-vous ce gourdin ? de quelle extrémité est-il tordu ? – il n’attendit pas de réponse, puisqu’il en avait à profusion - De la tête – tonna-t-il, triomphant » Puis il rejoignit sa place conscient et content d’avoir dit leurs quatre vérités aux algériens d’en haut. Lui aussi, comme nos journalistes indépendants, n’acceptait aucun compromis avec les corrompus de nos gouvernants. Lui aussi comme nos journalistes savait que nos gouvernants sont des brigands. Qu’est-ce qu’ils attendent pour les mettre en prison ? ou bien ces bandits les ont-ils corrompus à leur tour ?

Je conclus avec cette autre preuve par la bâton. Cette fois-ci il s’agit plutôt de pleurer. Sous l’œil du caméra, l’on voit un simple policier, un quidam quelconque (souvent lui-même victime du Régime –comme aiment répéter nos journalistes indépendants), en train de pester un intellectuel de renom algérien (Abdallah Rkeibi) dans un sit-in de pacifique protestation. C’était la fin des années 80 et le début de l’enfer algérien. Nos indépendants journalistes, au lieu de protester contre le responsable direct d’un tel délit c’est à dire le policier, ils se la prirent avec ledit Régime, des moulins à vent, quoi !

A suivre

 

Smari Abdelmalek

 

 

par Smari publié dans : rencontres algériennes
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